Paris (75) : Othman Garrido, Français de Montpellier, jugé pour des décapitations au sein de Daech après sept ans en zone syro-irakienne

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Aux yeux du parquet national antiterroriste (PNAT), Othman Garrido est un « djihadiste intégral ». « Son départ sur zone très tôt dès 2012, en pionnier, ajouté à la durée de son séjour parmi les plus longs des djihadistes français, outre sa fréquentation des figures les plus marquantes du djihad syrien, font de lui un acteur majeur de cette période », développe l’accusation. « Son implication, finalement avortée, dans le recrutement d’une esclave sexuelle yézidie vient compléter le panel des horreurs commises par Othman Garrido et l’ensemble de sa famille (…) », ajoute le ministère public.

Le Montpelliérain Othman Garrido, parti en rejoindre Daesh en 2012, serait l’homme qui apparaît sur des photos d’exécution retrouvées dans un téléphone. Il est jugé à partir de ce lundi 14 septembre devant la cour d’assises spéciale de Paris.
Serait-il l’homme posant devant un cadavre décapité ? La photo retrouvée dans un portable montre un homme partiellement masqué. La cour d’assises spéciale de Paris juge à partir de lundi le jihadiste français Othman Garrido pour assassinat et meurtres dans l’ancien califat de Daesh en Syrie et en Irak.
Car il y a vécu huit ans, avant d’être arrêté et expulsé par la Turquie vers la France en 2020. Aujourd’hui âgé de 32 ans, le Montpelliérain, jugé pour un assassinat et deux meurtres en bande organisée en relation avec une entreprise terroriste, encourt la perpétuité.
Il va devoir s’expliquer sur des photos retrouvées dans le téléphone qui aurait appartenu à son épouse. Ce sont les principales pièces de l’accusation, transmises sur un disque dur aux enquêteurs français par les Américains, qui dirigeaient la coalition internationale ayant défait Daesh en 2019.
L’une d’entre elles montre un homme au visage partiellement masqué par un foulard posant devant un cadavre décapité, la tête du supplicié à ses pieds. L’homme lève un index au ciel, présente du sang sur les mains, et peut donc être considéré comme l’auteur de l’assassinat, selon l’enquête.
Plusieurs exécutions publiques
Othman Garrido a admis une ressemblance mais a toujours démenti être le bourreau présumé de la photo. La photo n’est ni datée ni géolocalisée, l’identité de la victime reste inconnue, et les experts ne sont pas parvenus à formellement identifier l’homme masqué.
«Il ne faut pas faire dire à une photo plus que ce qu’elle dit», insiste l’avocat de Garrido, Me Antoine Ory. «Même à supposer que ce soit lui sur la photo, ça ne permet pas de dire qu’il est l’assassin», souligne-t-il.
L’autre volet du dossier porte sur les meurtres de deux Iraniens, exécutés en place publique en 2015 à Al-Qaryatayn, dans le centre de la Syrie. Une série de photos extraites du même téléphone montre un groupe de jihadistes posant autour des cadavres, dont la tête tranchée est posée sur le corps.
Othman Garrido apparaît souriant sur les clichés. Il y a également des photos de lui dans le pickup de jihadistes amenant les Iraniens sur le lieu de leur exécution. Lors de l’enquête, Garrido a reconnu avoir assisté à l’exécution.
une Enfance dans l’idéologie jihadiste
Le procès, prévu jusqu’au 21 septembre, va faire une large place aux témoins familiaux et aux experts pour tenter de cerner la personnalité et l’histoire de l’accusé.
Né dans une famille baignant dans l’idéologie jihadiste, Othman Garrido a eu une enfance dominée par la radicalisation religieuse et a été déscolarisé à 12 ans pour travailler sur les marchés avec son père. Parti de son plein gré en Syrie à 18 ans, en 2012, il rejoint les rangs de Jabhat al-Nosra, la branche syrienne d’al-Qaïda, puis ceux de Daesh après la scission entre les deux groupes.
Il est le dernier homme encore en vie de sa famille, son père, un Franco-Espagnol converti à l’islam, s’est fait exploser dans un attentat suicide en 2016 en Syrie et ses frères y sont morts au combat. Les experts psychiatres et psychologues qui l’ont interrogé ont relevé que le Français semblait avoir amorcé en détention une prise de recul par rapport au discours jihadiste.
Il paraît ainsi avoir entamé «une déconstruction idéologique», note en avril 2023 l’instance pénitentiaire d’évaluation de la radicalisation à Fleury-Mérogis, où il est incarcéré. «Othman Garrido a fait un chemin, et est engagé dans une démarche sincère», assure son avocat.

Condamné en 2017 à quinze ans de réclusion criminelle pour avoir rejoint les rangs de Daesh, participé à des combats sur place et exhorté les musulmans de France à commettre des actions violentes, Othman Garrido doit également être rejugé pour ces faits dans une procédure distincte.

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