Tags antisémites dans Paris: « Mon mari est juif. Comment le savaient-ils ? »

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Par Marion Rivet
Dans la nuit du 30 au 31 octobre, une soixantaine d’étoiles de David peintes en bleu ont été découvertes par les riverains sur les murs du 14e arrondissement de Paris. Si les inscriptions ont été effacées par la mairie ce mercredi matin, les habitants s’interrogent au lendemain de cette découverte.
« C’est vraiment des petits cons ! », lâche Élodie, furieuse, derrière le comptoir de son bistrot de la rue de la Tombe-Issoire, dans le 14e arrondissement de Paris. En cause, les nombreux tags antisémites disséminés un peu partout dans le quartier. « Si j’avais surpris les auteurs en action, je serai allée les voir avec perte et fracas, une brosse en main, pour les forcer à nettoyer », soutient même la jeune trentenaire, persuadée que « des jeunes » sont derrière ce coup. La franco-marocaine précise rapidement dans la conversation qu’elle est musulmane. « Les juifs de France sont très stigmatisés en ce moment alors qu’ils n’ont absolument rien à voir avec ce qu’il se passe à Gaza, déplore-t-elle. J’ai mal au cœur pour eux, sincèrement. »
Depuis l’attaque terroriste du Hamas, le 7 octobre, le conflit israélo-palestinien s’invite très régulièrement dans les conversations des clients de la brasserie. De son côté, celle qui ne semble pourtant pas avoir la langue dans sa poche préfère rester « neutre » avec eux. Bien sûr, elle a bien son avis sur la question : « le partage équitable de la terre ». « Mais on est ni en Palestine, ni en Israël. Ici, c’est la France », balaie-t-elle d’un revers de manche, entre deux cafés à faire couler. Une crainte demeure tout de même : celle qu’on associe « encore » les musulmans à la haine des juifs.
À deux pas de là, un couple d’amis d’une petite soixantaine d’années observe la devanture de la banque Crédit coopératif, fermée pour cause de jour férié ce 1er novembre. « Regarde, on voit encore les traces », lance Murielle, résidente du quartier dont elle loue la tranquillité et la solidarité. Sous la peinture fraîchement appliquée – et visiblement à la hâte –, on peut effectivement apercevoir les vestiges de plusieurs étoiles de David peintes au pochoir entre deux carreaux. En début de journée, tous deux ont fait le tour des rues touchées par ces tags dans la nuit de lundi à mardi pour vérifier si les inscriptions avaient bien été effacées par la mairie.
Pascal est particulièrement remonté face à la recrudescence des actes antisémites et se dit « consterné par ce degré d’ignorance ». Et pour cause, il a son avis bien tranché sur les coupables : « de jeunes musulmans, appartenant à une génération de gamins qui n’ont jamais lu le Coran et dont c’est le mode d’expression ». Celui qui ne parvient pas à se détacher de l’actualité se dit très pessimiste sur l’évolution de la situation dans les jours à venir. « Je vous parie que ce n’est que le début, ce type de tags va se multiplier… même jusque dans les coins les plus reculés de France prédit-il. Il ne faut pas oublier le nazisme… » Avant d’également rappeler, l’air mi-inquiet, mi-dépité : « On est dans le pays du Bataclan, quand même… »
Sans surprise, Pascal n’est pas le seul à convoquer l’histoire. Ces tags ont notamment ravivé la mémoire d’autres attaques terroristes à Rachel, 86 ans. « Depuis l’affaire Merah, c’est différent pour nous, les juifs. On le sent, c’est comme ça, c’est dans l’air du temps… », témoigne cette habitante du 14e arrondissement de confession juive. Celle-ci tient tout de même à préciser qu’elle ne partage pas les rapprochements à ses yeux « un peu faciles » effectués avec les années 1930. Pour elle, « il s’agissait à l’époque plutôt d’un antisémitisme racial, alors que la question est davantage politique dans le contexte actuel ».
L’octogénaire – pas peu fière de souligner, au passage, qu’elle est parisienne depuis plusieurs générations –, a pu constater de ses propres yeux plusieurs tags dans les rues adjacentes la veille. Mais elle ne semble pas pour autant sous le choc. Rachel, née en 1937, en a vu d’autres. Au contraire, elle déclare même se résoudre à la nécessité de « vivre avec » – tout en précisant que ses proches, notamment les plus jeunes, sont loin de partager ces propos. « Vous savez, le conflit israélo-palestinien est importé sur notre sol depuis tellement longtemps… », résume-t-elle, las.
« Je ne comprends pas, on vit pourtant ensemble avec les juifs ! », assure Ismaël, un épicier originaire de Djerba en Tunisie qui travaille dans le quartier depuis 2009. Il est salué par presque tous les passants, avec lesquels il échange un sourire complice. « C’est malheureux… Surtout qu’on ne sait pas encore qui a fait les tags », précise-t-il. Plus tard dans la journée de ce mercredi, on apprendra qu’un couple est actuellement recherché par les forces de l’ordre pour avoir réalisé une cinquantaine d’étoiles de David à l’aide de pochoirs à Paris et dans la banlieue parisienne. Avant cela, vendredi 27 octobre, un couple de Moldaves en situation irrégulière avait été interpellé pour en avoir dessiné quinze dans les rues de la capitale.
« Mon mari est juif. Comment le savaient-ils ? » C’est la question qui taraude aujourd’hui une passante d’une cinquantaine d’années, dont l’immeuble a été visé par des tags. Elle ne veut pas en dire plus, ne préférant pas s’épancher, sous le coup de l’émotion. Si la maire de l’arrondissement, Carine Petit, a rapidement qualifié ces actes d’« antisémites », le parquet de Paris, qui a annoncé avoir ouvert une enquête mardi pour « dégradation du bien d’autrui aggravée par la circonstance de l’origine, la race, l’ethnie ou la religion », a précisé ne pas avoir encore établi si ces tags « ont pour but d’insulter le peuple juif ou d’en revendiquer l’appartenance, notamment puisqu’il s’agit de l’étoile bleue » et non jaune.
À mesure que la pluie s’abat sur le quartier, la fréquentation des rues – déjà calmes – s’amenuise. Avec leur tenue fluorescente, Habib et Demba sont immanquables. Le 14e, c’est leur secteur. Ces éboueurs de la ville de Paris ne manquent pas de claironner à la première occasion que leur atelier de propreté fait partie des bâtiments visés par ces pochoirs bleus en forme d’étoiles de David. « Pourquoi ? se demandent en chœur les collègues – encore surpris d’avoir découvert les inscriptions à 6 heures du matin, la veille en embauchant. Ce n’est pourtant pas une synagogue ! » « Les marques bleues étaient encore sur le mur ce matin, on nous a effacé notre dernier atelier en dernier… On n’est pas important donc on passe après tout le monde », suppose le plus bavard des deux hommes. Les deux qui se sont présentés d’emblée comme « musulmans » ont eux aussi leur petite idée sur le profil des auteurs de ces faits qu’ils estiment « très organisés » : « Nous, on ne croit pas du tout au fait que ce soit des musulmans ! Sûrement l’œuvre d’un groupe d’extrême droite… C’est politique. »

Source
https://www.marianne.net/societe/laicite-et-religions/tags-antisemites-dans-paris-mon-mari-est-juif-comment-le-savaient-ils

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3 Commentaires

  1. joseparis dit :

    Comment il savent qu’il y a des juifs dans un immeuble ? C’est très simple. D’abord il y a les noms sur les boites aux lettres pour la distribution du courrier, et encore mieux et plus simple, les infos qui ont pu être données par les différents livreurs (amazon, deliveroo, etc…) qui passent leur journée à livrer des clients, et qui ont donc les noms et les adresses des destinataires des livraisons. Les deux éboueurs interrogés sont effrayants d’hypocrisie. Pour eux c’est normal de taguer des étoiles de David sur une synagogue mais pas les immeubles ? Et parce que c’est très organisé cela ne peut pas être des musulmans ? Ils reprennent l’argumentation de LFI dès que l’on parle de qui a commis ces actes ignobles.

  2. Ben dit :

    « sûrement l’oeuvre d’un groupe d’extrême droite »
    Des sacrés comiques ces éboueurs ! Et dans le métro c’était des groupes d’extrême droite ou votre descendance ?

  3. JohnDoe dit :

    « Nous, on ne croit pas du tout au fait que ce soit des musulmans ! Sûrement l’œuvre d’un groupe d’extrême droite… C’est politique. »

    A ce niveau c’est plus de l’aveuglement faut inventer un nouveau mot

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