Prises d’esthètes sous Vichy

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Par Virginie Bloch-Lainé

L’historienne d’art Emmanuelle Polack raconte la frénésie des spoliations des biens des Juifs en regard de la lenteur de leur restitution.

Dès la première semaine de l’Occupation, celle où une photographie le fige en esthète sur l’esplanade du Trocadéro avec la tour Eiffel derrière lui, Hitler fait en sorte de prendre connaissance de l’étendue des collections d’art détenues par les Juifs. Jusqu’en 1940, ces derniers représentent la majorité des marchands. Recalé deux fois au concours d’entrée d’une école d’art, le Führer a l’ambition de créer le plus riche musée d’Europe grâce aux œuvres aryennes pillées. Il se tiendra, rêve-t-il, à Linz, en Autriche. D’autres veulent leur part du butin, que ce soit des dignitaires du régime ou des acheteurs suisses, français, hongrois, allemands, appâtés par la dispersion des biens que permettent dès 1941 les lois nazies et vichystes. Ils se précipitent dans les galeries gérées par des administrateurs provisoires puis lancent des ordres d’achat à Drouot. Le marché de l’art parisien connaît sous l’Occupation un boom économique. L’historienne d’art Emmanuelle Polack rend compte de son effervescence dans le Marché de l’art sous l’Occupation, un livre issu de sa thèse de doctorat. La temporalité est le fil directeur de son travail : spoliations et restitutions ont balancé entre frénésie et lenteur, refusant le juste milieu.
Art dégénéré. Avec précipitation, l’occupant s’approprie les biens de ceux qu’il hait. C’est dans l’hôtel particulier du marchand d’art Paul Rosenberg, situé au 21, rue La Boétie (Paris VIIIe), que s’installe l’Institut d’étude des questions juives. Rosenberg avait quitté la France pour les Etats-Unis le 17 juin 1940, et en mai 1941, Louis-Ferdinand Céline et sa femme Lucette Almanzor assistent à l’inauguration de ce centre de propagande antisémite, débarrassé des affaires de Paul Rosenberg, mais remeublé avec le fruit d’autres spoliations.
Emmanuelle Polack décrit cette «pègre d’esthètes». Ils sont cultivés et connaisseurs des nouvelles règles du marché. Les tableaux qualifiés par les nazis d’art dégénéré servent de monnaie d’échange contre des peintures classiques. Les Flamands ou les Italiens de la Renaissance sont les plus prisés. Des collections dont les propriétaires ont quitté la France se sont vendues vite et à vil prix. Hermann Göring, numéro deux du Reich, amateur d’art, crée l’état-major chargé de piller les collections d’Europe occupée et se sert au passage.

En 2015 est publié le catalogue de sa collection privée qui compte, après-guerre, 1 376 tableaux. Hildebrand Gurlitt, l’acheteur officiel du musée de Linz, se constitue également une collection personnelle. Emmanuelle Polack a d’ailleurs fait partie de la cellule qui a enquêté sur la provenance de ses œuvres découvertes chez son fils en 2013.
Aryanisation. A la biographie des nazis amateurs d’art, Emmanuel Polack ajoute celle des marchands juifs. Outre le célèbre Paul Rosenberg, chef de file du goût avant-gardiste, il y a Daniel-Henry Kahnweiler, qui confie sa galerie à Michel et Louise Leiris, son gendre et sa fille adoptive. Cette solution évite que le commerce ne se retrouve aux mains d’un administrateur provisoire. Pierre Loeb retient aussi notre attention. Décoré de la croix de guerre 1914-1918, lieutenant d’artillerie de réserve, cet homme dont la galerie a été aryanisée et l’appartement parisien réquisitionné s’enfuit à La Havane. En 1942, il demande à rejoindre les Forces françaises libres de Londres. Le consulat général de France refuse son engagement afin de ne pas entraver la politique de Vichy. En 1943, il écrit à Picasso une lettre mélancolique : «Vous avez de la chance, vous, de pouvoir toujours travailler, vous confier à la toile, à la feuille de papier, à la glaise.» En 1964, quelques semaines avant sa mort, Loeb décrit à Madeleine Chapsal l’humeur qui était la sienne lors de son retour en France : «Je me suis retrouvé comme un invalide, écœuré, je n’arrivais pas à reprendre le fil. Je suis marqué par la guerre et je ne veux pas l’oublier.»
Après la fougue vient l’inaction. Ce mot qualifie l’attitude de la France qui a enrichi ses collections nationales pendant la guerre et qui, jusqu’à la fin des années 90, n’a pas devancé les démarches des familles spoliées. En septembre 1945, le Louvre présentait une exposition dont le thème était : «Nouvelles acquisitions réalisées entre le 2 septembre 1939 et le 2 septembre 1945». Nulle allusion aux spoliations. La reconnaissance par Jacques Chirac, en 1995, de la responsabilité de notre pays dans la déportation des Juifs donne le coup d’envoi d’un tournant des mentalités et des actes. Il restait alors dans les musées près de 2 000 œuvres à restituer. Il est vrai que le métier de conservateur consiste à conserver.
Virginie Bloch-Lainé
Emmanuelle Polack Le Marché de l’art sous l’Occupation Tallandier, 304 pp., 21,50 €
Source :
. https://next.liberation.fr/livres/2019/06/26/prises-d-esthetes-sous-vichy_1736404

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2 Commentaires

  1. jacko lévy

    28 juin 2019 at 19 h 31 min

    « Recalé deux fois au concours d’entrée d’une école d’art, le Führer ……….

    mais bien sûr………..!

    je connais un couple parisien, descendant d’ un de ces « vautours d’ art  » et qui conserve quelques oeuvres de peintures ayant probablement appartenu a des Juifs, comme d’ une armoire signée d’ un prestigieux menuisier français, on parle de 30.000 euros le meuble

    quand a «  », Louis-Ferdinand Céline et sa femme Lucette Almanzor «  », le concentré de haine antinous, avec son pantalon retenu par une ficelle, errant dans son jardin du pavillon de Sèvres, il ne l’ a pas fait expres, mais il savait surement que sa femme Lucette Amanzor etait une « marrane » d’ origine musulmane, dont les ancetres furent expulsés en 1492

    pour les non-arabisants on reconnait le patronyme arabe Al Mansour (le Victorieux)

    pour info, la vieille carne est toujours vivante et agée de 107 ans dans 14 jours ! 😆

  2. jacko lévy

    29 juin 2019 at 19 h 23 min

    Almanzor
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    Muhammad ibn Abî’Amir
    Almanzor
    Statue d’Almanzor à Calatañazor
    Surnom Al-Mansûr
    Naissance v. 938
    Environs d’Algésiras
    Décès 11 août 1002 (à environ 64 ans)
    Madinat al-Zahra Medinaceli
    Origine Califat Omeyyade de Cordoue
    Allégeance Califat omeyyade
    Années de service 976-1002
    Faits d’armes -Prise de Barcelone
    -Sac de Saint-Jacques-de-Compostelle
    modifier Consultez la documentation du modèle
    Al-Mansur ou Almanzora né à Algésiras vers 937-938 et mort à Medinaceli le 11 août 1002, est un chef militaire et homme d’État arabe d’al-Andalus. Al-Mansûr signifie « le Victorieux » en arabe et est devenu « Almanzor » en espagnol. Vizir du palais du calife omeyyade de Cordoue, Hichâm II (976-1013), il obtient, à force d’intrigues, d’assassinats politiques et de nombreuses victoires à travers la péninsule ibérique, tout pouvoir en al-Andalus de 978 à sa mort en 1002, fondant ainsi la courte dynastie amiride.

    Les très nombreuses expéditions lancées contre les chefs chrétiens lui valent le surnom de « champion du djihad »[/////////////////////

    CHAMPION DU CHILLADE !!!!!!!!!!!!!!!

    déjà! il y a plus de mille ans !!

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