Cardinal Koch: il est impossible d’être à la fois disciple du Christ et antisémite
Entretien avec le cardinal préfet du dicastère pour la Promotion de l’Unité des Chrétiens sur «Un chemin d’espérance», la note publiée ce mercredi 16 septembre, soixante ans après la déclaration conciliaire *Nostra aetate*.
Soixante ans après la publication par le Concile Vatican II de la déclaration conciliaire Nostra aetate, le dicastère pour la Doctrine de la Foi, le dicastère pour la Promotion de l’Unité des Chrétiens et le dicastère pour le Dialogue interreligieux ont publié «Un chemin d’espérance».
Dans l’entretien accordé à Vatican News, le cardinal Kurt Koch, préfet du dicastère pour la promotion de l’unité des chrétiens, évoque le désir de l’Église d’engager le dialogue avec les personnes d’autres confessions.
Quelle est l’importance, pour la foi chrétienne, de la conscience des racines juives? Quel chemin reste-t-il encore à parcourir pour que celles-ci soient redécouvertes?
«Scrutant le mystère de l’Église, le saint Concile rappelle le lien qui relie spirituellement le peuple du Nouveau Testament à la lignée d’Abraham.» C’est par ces mots que commence l’article 4 de Nostra Aetate; il souligne ainsi que la relation avec le peuple d’Israël, le peuple de l’Alliance, fait partie intégrante de la conception que l’Église catholique a d’elle-même, celle-ci ne pouvant se comprendre sans référence au judaïsme. C’est pourquoi Nostra aetate rappelle les racines juives de la foi chrétienne et évoque un «patrimoine spirituel commun» aux juifs et aux chrétiens. Ce patrimoine doit être rappelé et maintenu vivant aujourd’hui encore dans la catéchèse et l’annonce de l’Évangile. L’approfondissement de l’unité intime entre l’Ancien et le Nouveau Testament dans la pensée chrétienne et dans la liturgie de l’Église pourra y contribuer de manière essentielle.

La Note reconnaît que «les conflits qui ont éclaté ces dernières années au Moyen-Orient ont également laissé des traces sur le dialogue judéo-chrétien. De nombreux ponts de communication ont vacillé…». Comment faire en sorte que la condamnation de ce qui s’est passé et se passe dans les Territoires palestiniens n’occulte pas l’amitié et le dialogue avec les juifs?
De nombreux chrétiens se trouvent confrontés à une tension douloureuse entre leur attachement au peuple juif et leur devoir éthique envers ceux qui souffrent à Gaza, en particulier parmi les victimes civiles. Nous devons parler honnêtement les uns avec les autres de cette nouvelle situation. Car c’est précisément dans des situations comme celles-ci qu’il est essentiel de ne pas laisser le dialogue s’interrompre, comme l’a souligné le Pape Léon XIV: «Même en ces temps difficiles, marqués par les conflits et les malentendus, il est nécessaire de poursuivre avec élan ce dialogue si précieux.» L’Église reconnaît donc son devoir d’œuvrer en faveur de la paix tant pour le peuple israélien que pour le peuple palestinien. Le Saint-Siège a toujours été convaincu que seule la création de deux États peut apporter la paix au Moyen-Orient.
L’antisémitisme gagne du terrain dans le monde. Quelle est la mission des chrétiens face à ce phénomène, à la lumière des enseignements de Nostra Aetate?
On ne peut pas être un bon membre de la famille si l’on n’apprécie pas et n’aime pas sa mère. Le judaïsme est la terre mère d’où a germé le christianisme. Le Concile condamne donc l’antisémitisme non seulement pour des raisons politiques, mais aussi par «charité religieuse évangélique». Cela signifie qu’il est impossible d’être disciple de Jésus-Christ et, en même temps, antisémite. Tous les Papes qui se sont succédé depuis le Concile Vatican II l’ont réaffirmé avec une grande conviction, et le pape Léon XIV l’a souligné une fois de plus.
Source
https://www.vaticannews.va/fr/vatican/news/2026-09/nostra-aetate-cardinal-koch-esperance-dialogue-judeo-chretien.html

