Claude Hermant, l’identitaire qui a acquis les armes d’Amedy Coulibaly

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Cité comme témoin au procès des attentats de janvier 2015, le trafiquant d’armes et ancien indic s’est défendu en évoquant un « ratage » policier.
Par Valentine Arama, avec Marion Cocquet

Revendeur d’armes « passionné », à la fois indic de la gendarmerie et des services douaniers, survivaliste…, Claude Hermant se décrit comme tout ça à la fois, prenant cependant bien soin de marquer une nette distinction entre son activité et les massacres perpétrés les 7, 8 et 9 janvier 2015. Arrivé avec plus d’une heure de retard – ce qui lui vaudra une sèche réprimande du président –, Claude Hermant s’est présenté ce jeudi à la barre, au 22e jour du procès des attentats de janvier 2015, où il était cité comme témoin par les avocats de la défense. Un témoignage capital, puisqu’il est avéré qu’une partie de l’arsenal utilisé par Amedy Coulibaly à Montrouge et à l’Hyper Cacher a été achetée par Claude Hermant lui-même. « En matière d’armes, la fin, c’est Coulibaly, le début, c’est lui », soulignera à juste titre Me Saint-Palais, un des avocats de la défense. Mais qui y a-t-il entre les deux ? C’est la grande inconnue de ce procès.
Plusieurs enquêteurs en charge du volet lillois, qui concerne les armes, sont revenus mercredi sur leur acheminement jusqu’à Coulibaly, soulignant les concordances qui émergent en pointillé entre acheteurs et accusés, échouant cependant à tracer une ligne claire entre le point de départ et le point d’arrivée. Si le parcours des armes recèle encore de nombreuses zones d’ombre, Claude Hermant lui-même reconnaît avoir été l’acheteur de huit armes en possession d’Amedy Coulibaly, dont les fusils d’assaut et des pistolets automatiques.
Un trafiquant d’armes en cheville avec la gendarmerie et les douanes
Connu dans le nord de la France pour ses activités, il effectuait ses achats via une société slovaque spécialisée dans la revente d’armes de guerre démilitarisées, acte légal dans ce pays de l’Est. Bien que condamné l’an dernier en appel à huit ans de prison pour trafic d’armes en bande organisée, Claude Hermant n’a pas fait l’objet de poursuites dans le présent dossier. « Vous êtes un trafiquant d’armes, mais là n’est pas le problème, vous avez été condamné pour cela et ne serez pas rejugé une deuxième fois, mais ça vous fait quoi de savoir que les armes que vous avez fournies ont fini entre les mains de terroristes et ont tué dix-sept personnes ? », interroge d’emblée le président, Régis de Jorna.
À la barre, le quinquagénaire, crâne rasé et barbe blanche, qu’on peut légitimement qualifier d’armoire à glace, rétorque : « Il n’y a pas une nuit sans que j’y pense, c’est un énorme loupé. » Loupé. Le mot fait mouche dans la salle d’audience, mais revêt pour Hermant un caractère bien précis. Il poursuit : « Si j’ai bien suivi, il y avait possibilité d’arrêter ces attentats par deux sources, la mienne et celle de M. Dubroeucq [un toxicomane et trafiquant, également cité dans le volet lillois, NDLR]. Je ne comprends pas pourquoi ces armes n’ont pas été tracées alors que c’était possible, les services de police étaient dessus. » C’est qu’Hermant n’est pas juste un trafiquant d’armes, il est aussi en cheville avec les services de douane et avec les gendarmes. Il explique qu’en cette « qualité », il était sous « surveillance serrée » depuis 2013, et qu’en novembre 2014 – mois de l’achat des armes qui finiront entre les mains de Coulibaly –, il faisait l’objet de géolocalisations, bornages et autres balisages. « Alors soit je suis très très bon, soit ils sont très cons », lâche Claude Hermant, qui dit ne pas bien comprendre « comment ces attentats n’ont pas pu être arrêtés ».
Êtes-vous d’accord ou conscient qu’avec ces armes-là, on peut tuer ?
D’entrée, le président insiste, assaille Hermant de questions, oscille entre les faits et la morale, oubliant d’ailleurs que le témoin est d’abord censé déposer librement, comme le prévoit le code de procédure pénale. Me Safya Akorri, l’avocate de Mohamed Fares, lui en fera d’ailleurs la remarque à l’issue du témoignage, rappelant au président que s’il existe une jurisprudence permettant au président d’interrompre un témoin en cas de digression, il ne lui est cependant pas possible de le couper incessamment. Mais il est encore tôt dans le témoignage quand Régis de Jorna demande : « Pourquoi vendre des armes, à quoi ça sert, quel est le but final d’une arme ? » « Ça dépend de son possesseur et de comment il va s’en servir ! », tente Hermant, dont la réponse faussement naïve ne permet pas de convaincre Régis de Jorna : « Parmi les armes que vous avez vendues, il y a des fusils d’assaut, ça sert à quoi ? Êtes-vous d’accord ou conscient qu’avec ces armes-là, on peut tuer ? »
« Les terroristes, ils ne respectent aucune règle »
Hermant esquive, semblant avoir réponse à tout : « Vous le voyez dans l’actualité, pour tuer, on peut se servir d’un hachoir, d’un camion, d’un couteau… Malheureusement, en matière de terrorisme, c’est asymétrique, on peut se servir de tout. Moi, je réponds à la demande d’un demi-million de passionnés, des chasseurs, des tireurs… » « Oui, enfin, des fusils d’assaut pour des chasseurs… », marmonne le président avant de rebondir sur un mot employé par le témoin : « Qu’est-ce que vous appelez asymétrique ? », interrompt-il. « Je veux dire que les terroristes, ils ne respectent aucune règle », précise Hermant, qui ajoute avoir « retiré de la rue des dizaines de milliers d’armes ». « Mais pas les huit qui sont tombées dans les mains de Coulibaly », regrette le président.
En ce qui concerne les règles, Claude Hermant, lui, estime en respecter. La première tient au fonctionnement des armes, qu’il explique acquérir démilitarisées. Mais le président lui fait alors remarquer que nombre des armes en sa possession ont été « remises en état de fonctionnement », comme le prouve l’arsenal utilisé par Coulibaly. « Selon le jugement de votre procès à Lille, vous aviez dans votre friterie tout le matériel nécessaire pour rendre ces armes létales, ce qui est complètement illégal », note Régis de Jorna. C’est là qu’intervient le nom d’un troisième homme : Samir Ladjali. C’est à cet homme que Claude Hermant affirme avoir revendu bon nombre des armes achetées à la société slovaque.
Autre figure du banditisme de la région lilloise, Samir Ladjali a d’abord été mis en examen dans le dossier des attentats de janvier 2015 avant de bénéficier d’un non-lieu. Rien ne permettait de le relier directement aux accusés présents dans le box, qui sont, eux, quasiment tous suspectés d’avoir aidé Coulibaly à s’approvisionner en armes et en équipements. S’il est « plausible » que Ladjali ait fourni les armes à un des accusés, comme l’a rappelé mercredi une enquêtrice, il manquait cependant un chaînon pour vérifier l’hypothèse. L’adresse de Samir Ladjali est aujourd’hui « inconnue » des forces de l’ordre et il a été annoncé qu’il ne se présenterait pas à la barre, où il était cité comme témoin par la défense.
Samir Ladjali, le chaînon manquant ?
Reste que Claude Hermant est formel, c’est bien à ce fameux Samir Ladjali qu’il a revendu des dizaines d’armes, mais toujours « neutralisées », selon ses termes. « Si elles ont été remilitarisées, cela s’est fait au niveau de Ladjali, pas au mien », assure Hermant avec aplomb. Impatient, le président semble peu goûter à ce qu’il qualifie de « poker menteur ». « Quand on est dans le trafic d’armes, on est dans le milieu des voyous et quand on est dans le même panier de crabes, on se rejette la faute les uns sur les autres. Donc, pour vous, tout est la faute de Samir Ladjali et lui disait qu’il fallait voir avec Hermant… », tonne le président. Il revient néanmoins sur un épisode survenu trois jours après les attentats et décrit par Claude Hermant dans un procès-verbal. Devant les enquêteurs, Hermant décrit sa rencontre avec Ladjali après les attentats, ce dernier l’ayant informé qu’il avait décidé de « se mettre au vert ». « Pourquoi Ladjali voulait-il faire profil bas s’il n’avait rien à voir avec les faits ? », interroge le président.
Selon Hermant, c’est en voyant la vidéo posthume de revendications d’Amedy Coulibaly qu’il aurait découvert le terroriste équipé d’un gilet par éclats et d’une kalachnikov achetés par ses soins. « En voyant cette arme de 40 centimètres, qui est un modèle spécifique, j’ai compris que c’était celle que j’avais vendue à Samir Ladjali. » Souhaitant éviter toute conclusion hâtive, Claude Hermant se justifie immédiatement : « Sur ces armes, il y avait les numéros de série, que j’ai laissés. Qui est assez bête pour laisser des numéros de série ? Moi, je les ai laissés volontairement pour aider et permettre l’interpellation de personnes. Les armes ont été achetées dans la légalité, pour un certain but : faire de l’infiltration permettant d’arrêter des criminels. » « Le problème, c’est que quand ça rate, ça fait dix-sept morts », tranche le président.
Claude Hermant, l’identitaire
Samir Ladjali fera encore l’objet de nombreuses questions de la part de Régis de Jorna. Pourquoi Hermant n’a-t-il pas fait de vérifications sur lui, alors même que son pedigree était connu dans la région lilloise ? C’était aux services de police « d’effectuer le suivi », estime Hermant, qui ajoute : « Pour éviter qu’un terroriste comme Amedy Coulibaly utilise les armes, il faut que l’on donne les moyens aux forces de l’ordre de faire leur travail correctement. » Ainsi, si Claude Hermant estime avoir rempli sa part du contrat en renseignant correctement les enquêteurs, certains destinataires de ces informations voient les choses d’un autre œil. Également venu témoigner à la barre ce jeudi, le patron des renseignements généraux Nord en poste à l’époque assure qu’Hermant n’a « jamais » été un informateur de son service. « C’étaient des échanges très ouverts, assez généraux. C’est un personnage dont mes compétences ne me permettent pas d’examiner précisément l’état psychologique, mais je pense qu’il en aurait besoin », se dédouane ce commissaire divisionnaire, qui travaillait à l’époque sur l’extrémisme de gauche, mais aussi sur l’islamisme radical et l’extrême droite.
Car c’est un autre aspect non négligeable de la personnalité de Claude Hermant, souvent décrit comme identitaire. Celui qu’on surnommait « Claudi » ou « le Gros » a un temps animé un groupuscule d’extrême droite baptisé « La Maison flamande », que le commissaire décrit en ces termes : « Une association de jeunes qui sont essentiellement des petits Blancs, perdus psychologiquement, d’un niveau culturel et intellectuel très faible, qui mythifient complètement ce que raconte Claude Hermant sur l’aspect militaire et la patrie. » L’intéressé se défend aujourd’hui de faire partie de l’ultra-droite lilloise, explique même qu’il est de gauche, enfant des corons, fier d’être le fils d’un ouvrier. Il se décrit plutôt comme un survivaliste, mais souhaite éviter les clichés. « Un survivaliste, c’est quelqu’un qui prend les précautions nécessaires pour se prémunir d’un danger, comme un pompier, un policier… C’est pas un branque qui attend que le calendrier maya s’arrête et que la lune s’écrase sur terre », affirme Hermant. Le commissaire divisionnaire venu témoigner ne semble pas tout à fait en phase avec cette description, rappelant ses connaissances sur l’extrême droite type identitaire, néonazie. « Assez catastrophiquement, on en trouve à peu près tous les maillons autour de la Maison flamande à Lomme, dont Claude Hermant est le patron », raconte-t-il.
« Il reste 427 armes à découvrir »
Hermant, homme de gauche ? « Il mystifie complètement les gens avec qui il est. C’est un type intelligent, manipulateur. Qu’il se qualifie d’homme de gauche… Je sais pas très bien comment il définit lui-même la gauche, mais pour moi, sans aucune ambiguïté, c’est évidemment quelqu’un de l’extrême droite la plus revendicative, la plus identitaire. » Le commissaire met également en garde sur le côté « séducteur » d’Hermant, un homme « d’intérêt » plutôt que de « confidences ». Bien qu’Hermant ait affirmé tout au long de son témoignage n’avoir jamais remilitarisé les armes – le président avait pourtant noté qu’il était le propriétaire d’un terrain de paintball et qu’il avait tout le matériel nécessaire à cet effet –, il sera largement contredit par le commissaire divisionnaire venu lui succéder à la barre. « En mars 2014, Dubroeucq m’apprend l’existence d’un trafic d’armes à la friterie – arrivées de Slovaquie, remilitarisées à la Maison flamande et stockées sous la friterie, en plein cœur de Lille. » Ce dernier aurait alors immédiatement averti la police judiciaire de Lille.
Peu importe les déclarations, pendant son témoignage, Claude Hermant a voulu montrer qu’il prenait son ancien rôle d’indic à cœur, surjouant parfois l’expert : « Il devrait peut-être y avoir d’autres coupables dans ce box, mais ce n’est pas moi », a-t-il avancé, tout en assurant ne plus vendre que des « duvets » et des « couteaux ». Reste que le président rappellera à Claude Hermant que 470 armes sont passées entre ses mains, tentant de lui démontrer sinon sa culpabilité, au moins son inconscience. Parmi ces armes, seules 43 ont été découvertes, dont les huit parvenues jusqu’à Amedy Coulibaly. « Il reste donc 427 armes à découvrir, qui sont dans la nature », soulignera le président, avant de déclarer : « Il faut seulement espérer qu’elles n’aient pas l’issue fatale de celles retrouvées à Montrouge et à l’Hyper Cacher. »
Source :
https://www.lepoint.fr/justice/claude-hermant-l-identitaire-qui-a-acquis-les-armes-d-amedy-coulibaly-02-10-2020-2394568_2386.php

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  1. Franccomtois dit :

    Question stupide:
    « Vous êtes un trafiquant d’armes, mais là n’est pas le problème, vous avez été condamné pour cela et ne serez pas rejugé une deuxième fois, mais ça vous fait quoi de savoir que les armes que vous avez fournies ont fini entre les mains de terroristes et ont tué dix-sept personnes ? », interroge d’emblée le président, Régis de Jorna.

    Donc les trafiquants d´armes se doivent d´avoir une morale,pourquoi ne les a t-il pas vendu á des manchots(pas ceux défendu par la Ségolene) pacifiste,lá au moins ces armes seraient restées accroché sur le mur du salon.On prend vraiment les gens pour des cons.
    Je ne sais plu si c´est sur le site de la LDJ que j´ai lu cela,mais parait-il que les services secret francais seraient les meilleurs loin devant les ricains et les israéliens,avec de tels ratés en y ajoutant le Harpon déséquilibré de la préfecture ce sont les meilleurs y a pas photo.L´hexagone dans le déclin.

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