Dieudonné et la « célébration » des massacres du 7-Octobre : 1 an ferme requis pour apologie du terrorisme

By  |  0 Comments

Dieudonné M’Bala M’Bala a de nouveau fait face à la justice, mercredi, pour répondre, notamment, d’apologie du terrorisme. Très décontracté, il a justifié le contenu d’une vidéo postée le 7 octobre 2024, marquant la première commémoration des tueries du Hamas en Israël. S’il a parlé de « date merveilleuse, extraordinaire, féerique », c’est parce qu’il fêtait ce jour-là l’anniversaire de sa fille… Le parquet a requis un an de prison.
Autrefois humoriste, aujourd’hui polémiste, Dieudonné, 60 ans, s’assoit au banc des prévenus, mercredi 17 juin, de la 17e chambre du tribunal de Paris. Derrière lui, une dizaine de groupies observent la chemise noire qui épouse son dos très large, regardent ses cheveux et sa barbe poivre et sel. À la suspension d’audience comme à l’issue des débats, ces jeunes filles se précipiteront en grappe pour solliciter des selfies – « c’est une célébrité », indiquera l’une d’entre elles.
La chambre correctionnelle fait salle comble. Le public n’est pas venu pour les procès intentés par Marion Maréchal, petite-fille de Jean-Marie Le Pen, ou contre Aurélien Poirson, alias Zoé Sagan, qui a cyberharcelé Brigitte Macron ; ces affaires sont renvoyées à l’automne.
L’assistance est là pour Dieudonné M’Bala M’Bala, déjà condamné 34 fois. Il est à nouveau poursuivi pour quatre infractions : apologie du terrorisme à deux reprises, puis injures envers Laurent Nuñez, alors préfet de police de Paris, et contre les forces de l’ordre. Des délits commis en 2024 et 2025. Il encourt sept ans d’emprisonnement.

« On nous bassine les oreilles avec des histoires de pogrom »
La vidéo la plus litigieuse a été postée le 7 octobre 2024 sur X (ex-Twitter) ; elle demeure accessible. Dieudonné apparaît à l’écran, devant un éléphant en photo. Ce jour-là, le monde commémore la tragédie qui, en Israël un an plus tôt, a fait plus 1 200 morts, majoritairement des civils exécutés dans des conditions épouvantables par les barbares du Hamas. Le provocateur aux 211 000 followers (aujourd’hui 277 500) rappelle la date et interpelle les « internautes » : « Quel bonheur, quelle joie infinie ! Alors que les chaînes de propagande ont décidé de faire de ce 7 octobre un jour de tristesse, de malheur – à les écouter ce jour serait [celui] de toutes les horreurs. On nous bassine les oreilles avec les histoires de fin du monde, de guerre mondiale, de pogrom et je ne sais quoi encore [quand] pour moi cette date représente tout autre chose (…) C’est un point de bascule, mais pas vers l’horreur, au contraire, c’est une date merveilleuse, extraordinaire, féerique [rire]. Cette date représente l’espoir face aux ténèbres puisque c’est ce jour qu’est née ma fille… »
Il aura fallu attendre 1 minute et 21 secondes pour comprendre le sens du message – public – d’un père à son adolescente fêtant ses 15 ans. Il fustige ensuite « la mafia de la censure et de la haine », le monologue (2 minutes 11) s’achève par un « je t’aime, ma chérie ».
La diatribe à 1 million de vues, que la présidente du tribunal a diffusée, ne trompe personne : ce « jour de victoire », dit-il encore, fait référence au 7-Octobre, entré dans l’histoire comme le 11-Septembre. Sinon, demande la juge, « pourquoi ne pas avoir commencé par “bon anniversaire” ? Vous parlez de mafia, quel rapport avec la naissance de votre fille ?
– Elle me parlait de ça [le 7-Octobre], je lui explique les choses, je lui dis : “On te bassine avec ça” alors que pour moi, elle est le rayon de soleil dans ma vie. Sa naissance coïncide avec le traitement médiatique, le chaos total, la censure. L’humoriste doit s’amuser de certaines choses.
– Qu’en a-t-elle pensé ?
– Elle a adoré ! J’aurais aimé qu’elle soit là pour en témoigner. Je voulais la rassurer. »
Il explique que son enfant avait de graves problèmes de santé puis, du coq à l’âne, regrette sa « présence dans les mails de Jeffrey Epstein et d’Ariane de Rothschild ». « Quel rapport ? » Digression, pas de réponse claire. Faut-il y déceler une allusion aux Juifs, son obsession ?
« Le racisme déversé sans retenue par certains Juifs de France »
Le militant « antisioniste et antisystème », tel qu’il se définit, doit répondre d’un autre tweet sur X le 25 août 2024. La veille, un Algérien a perpétré un attentat contre la synagogue Beth Yaacov à La Grande-Motte (Hérault). Le provocateur écrit ceci : « L’attaque de la synagogue de La Grande-Motte n’est-elle qu’une réponse à la haine, au racisme déversé sans retenue par certains Juifs de France depuis le 7 octobre ? Le deux poids, deux mesures, entretenu par les médias, est le principal responsable de l’antisémitisme en France. »
Dieudonné entend d’abord « contextualiser » : « Des Franco-Israéliens me traitent de singe, menacent de me tuer. Je ne fais pas d’amalgame avec mes compatriotes juifs, mais quand je suis la victime, cela n’émeut pas du tout les associations de défense. » Il disserte sur « la hiérarchie de la souffrance organisée par la presse », « le parquet qui classe les insultes » à son endroit « après 400 ans d’esclavage », sur le sentiment ressenti aux Antilles, où il se trouvait récemment : « Nous sommes des sous-citoyens. »
La présidente : « N’est-ce pas banaliser l’attentat de La Grande-Motte ?
– Ce n’est évidemment pas justifiable mais les gens qui me traitent de singe ne créent-ils pas ce type d’actes ? Moi, on me menace de mort mais il ne se passe rien, cette hiérarchisation victimaire est insupportable ! J’aurais aimé qu’à l’occasion de ce drame, on parle de toutes les violences (…) Cela me paraît fondamental si on veut vivre ensemble. »
Nouvelle digression sur « [son] frère soldat au Cameroun, qui s’est battu aux côtés d’Israéliens contre Boko Haram [groupe djihadiste en Afrique]. J’ai compris que les choses sont complexes, des soldats israéliens ont sauvé des gens. » En fait, Dieudonné veut simplement « interroger la société : ne pouvez-vous pas nous regarder un peu ? J’ai porté plainte et tout le monde s’en fout. » Il insiste sur le danger de « la radicalisation » en France.
À Me Andréa Assor-Doukhan, conseil de l’Organisation juive européenne qui s’inquiète de ses propos, il rétorque qu’il « est temps de considérer les Français de la même façon », affirmant condamner « fermement » tous les attentats : « Mais ce n’est pas parce que je suis un personnage polémique que je ne peux pas être traité comme une victime. »
Il ajoute « travailler avec la communauté juive » et « s’être excusé si j’ai pu blesser ». L’avocate : « Le cadeau à votre fille, c’est une vidéo qui a fait 900 000 vues ?
– Oui, ses copines sont venues lui dire : “Ton père il t’aime, le mien il m’a pas fait ça, c’est super“. »
« Je fais rire les Français depuis 40 ans ! »
« Je suis un humoriste, poursuit le prévenu. Je ne suis ni un homme politique, ni un intellectuel, ni un historien. J’envoie des vidéos pour la promotion de spectacles, car je suis victime de censure. Je fais rire les Français depuis 40 ans ! » Il explique avoir collaboré avec Mohamed Abdeslam, frère de deux des terroristes du 13-Novembre, sur « un manuel de déradicalisation », la preuve qu’il ne « fait jamais l’apologie du terrorisme. Ce ne sont que rires, dans mes spectacles ».
Est-ce également pour faire rire qu’il a posté une vidéo sur X, le 22 février 2025, où il apparaît édenté, appelant Laurent Nuñez, le préfet de police de l’époque, « Nono, Nuñez, fils de ta mère la pu… la pure, la sainte, Nuñez ! Pourquoi tu m’envoies tes clébards ? Porte tes couilles ! Viens, on va parler tous les deux » ? Double injure : envers les « clébards de flics » et le haut fonctionnaire.
« Quel est cet accent que vous prenez en vous pinçant la joue ?
– C’est celui de Guy Bedos, celui des pieds-noirs », rigole Dieudonné.
Aucune allusion à Marthe Villalonga dans sa caricature de « Mouchy », la mère juive d’« Un éléphant ça trompe énormément », à laquelle on pense inévitablement lorsque la séquence est projetée en salle d’audience.
« Ce n’est pas juif, affirme-t-il. L’antisémitisme, là, on va le chercher un peu loin. Tous les humoristes font des blagues, même si, moi, j’ai arrêté de faire des blagues sur Israël » par crainte d’être accusé de « connivence avec les antisémites ». Encore une digression pour stigmatiser Charlie Hebdo : « Les Unes qu’ils font, vous avez vu les dernières ? C’est parfois extrêmement choquant ! » Lui se dit « bienveillant », « chrétien », prêche pour « que l’on s’aime les uns les autres ».
Mais c’est plus fort que lui, il revient aux Juifs : « Je peux être utile dans le combat contre l’antisémitisme en France, je suis peut-être même le mieux placé ! En tout cas, certains Juifs le pensent. »
« Si j’avais voulu dire sa mère la pute, je l’aurais dit »
Au sujet de l’attaque contre celui qui est devenu ministre de l’Intérieur, le prévenu assure l’avoir « provoqué » pour l’obliger « à me confronter ». La procureure, pas dupe de l’hésitation entre « la pu… » et « la pure » : « Cela invite M. Nuñez à rentrer dans le dialogue ?
– Je suis issu du monde chrétien. La mère, la pure, la sainte. Si j’avais voulu dire sa mère la pute, je l’aurais dit. Je suis un humoriste, mon univers, c’est la saillie drolatique, parfois de mauvais goût. J’ai trouvé ça amusant… Pas lui, visiblement.
– Vous parlez des clébards à propos des forces de l’ordre…
– Non, je m’entends très bien avec les gendarmes et les policiers (…) Je suis le révélateur chimique de la liberté d’expression. Je n’ai jamais incité à la haine, je suis un apôtre de la non-violence, de l’amour. »
Me Mathias Chichportich, avocat du ministre : « Pourquoi s’en prendre à lui ad hominem ?
– Parce que Laurent Nuñez est plus zélé que les autres, particulièrement sournois dans sa façon d’exercer [ses pouvoirs].
– Vous saluez vraiment la sainteté de sa mère ?
– Oui, j’en appelle à la création. Ensuite, vous pouvez faire du yoga avec les mots. »
Dieudonné a réponse à tout. Il ne convaincra toutefois aucun des avocats qui représentent les parties civiles, tant Mes Assor-Doukhan et Stéphanie Cohen pour l’OJE, que leurs confrères Chichportich et Jérémy Gutkès qui plaident pour l’ex-préfet et la police.
Pas plus que la procureure, qui, énumérant les principales condamnations infligées depuis 2006 à l’humoriste, le déclare inaccessible au sursis (il est en conditionnelle après une peine sous bracelet électronique levée en mai).
Elle requiert un an ferme et 20 000 € d’amende.
Me Karim Laouafi, en défense de l’homme qui se dit aujourd’hui peintre et expose, plaide pour « l’objectivité », non « les subjectivités ». Il est ainsi, Dieudonné, « provocateur », « un peu chafouin » car « les arrêtés tombent systématiquement » sur ses spectacles jamais condamnés. Il minimise la portée des vidéos, des tweets, évoque, à propos du 7-Octobre, « un trait d’humour peut-être déplacé mais vous n’êtes pas les arbitres du bon goût. L’humour grinçant n’est pas une apologie du terrorisme, pas plus qu’un message codé ! » Référence à l’expression « dog whistle » employée à raison par la parquetière pour qualifier le texte d’anniversaire à sa fille. Soit des termes apparemment anodins, qui s’adressent à un public ciblé.
« Si ce n’était pas Dieudonné » qui avait dit et écrit tout cela, « on ne serait pas là », veut croire Me Laouafi. « Je ne demande pas la lune. Je demande la relaxe », conclut-il.
Le jugement sera rendu le 17 septembre.
Dieudonné réajuste sa chemise, son bermuda, et part se prêter aux selfies.
Source
https://www.actu-juridique.fr/penal/dieudonne-et-la-celebration-des-massacres-du-7-octobre-1-an-ferme-requis-pour-apologie-du-terrorisme/

happywheels

Publier un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *