Sophia Aram : » Y a-t-il un plombier dans l’avion ? »
Ils n’étaient ni soldats ni agents secrets, juste plombier, dentiste et pilote. Et ils ont sauvé 174 vies.
L’histoire du détournement du vol Dubai-Tel-Aviv, le 30 septembre dernier, est dingue. À commencer par le copilote, dont on imagine que les parents, un peu facétieux, n’ont rien trouvé de mieux à la naissance, après avoir envisagé de l’appeler Sauna ou Jacuzzi, que de se rabattre sur Hammam, parce que ça sonnait sans doute mieux avec Al-Hammami, leur patronyme. Hammam Al-Hammami, donc.
Ensuite, il y a la décision de la compagnie Flydubai de mettre cet Omanais aux manettes en dépit d’un profil que même Ben Laden aurait jugé à la limite du radical. Je continue à me demander comment un islamiste aussi chaud bouillant qu’Al-Hammami (désolée) a fini par se retrouver sur ce vol pour Tel-Aviv. Surtout quand on apprend que les autorités omanaises lui avaient interdit de piloter au motif qu’il était soupçonné d’avoir été influencé par des groupes islamistes radicaux lors d’un séjour en Syrie. Hammam avait également été recalé par la Royal Air Maroc.
Puis il y a eu Tali Manes, cette passagère qui, pendant le vol, a accompagné sa petite fille Nina aux toilettes et qui, après avoir entendu des bruits de bagarre dans le cockpit, a donné l’alerte au moment où Hammam entraînait l’avion dans un vol en piqué de plus de 4 200 mètres. C’est alors que Smit Machchhar – le pilote, de nationalité indienne – est parvenu, malgré les coups de hache infligés par le copilote, à ouvrir la porte du cockpit dans un geste d’une bravoure inouïe.
Miracle aérien
Et là, l’histoire retiendra que c’est un plombier (virez-moi ce scénariste) du nom de Yaniv Hayoun qui s’est précipité dans le cockpit – accompagné de deux autres passagers, Zvika Manes et Asaf Rajuan – et a réussi à doucher l’aspiration de Hammam à mourir en martyr, dans le but inavouable d’aller se faire reluire la tuyauterie par une tripotée de vierges en goguette. Saluons l’héroïsme de Hayoun (le plombier, il faut suivre !), qui a saisi le manche (de l’avion) pour redresser enfin l’appareil (je parle toujours de l’avion) avant qu’il ne s’écrase.
Puis, pendant que les passagers parvenaient à ligoter Hammam à l’aide d’écouteurs filaires (c’est là que l’on se rend compte que le Bluetooth aurait été moins efficace), Shota Musayev, dentiste de son état, a réussi à stopper l’hémorragie du pilote, lui sauvant probablement la vie ! Il a encore fallu que les pilotes initialement prévus pour le vol du retour, tous deux présents à bord, reprennent les commandes des mains du plombier, dont les compétences en matière de navigation aérienne étaient désormais épuisées. Et encore une fois, ils ont accompli l’exploit de stabiliser, puis de poser l’appareil malgré un gouvernail de queue largement endommagé par la chute libre.
Franchement, comparé à ce vol FZ1073, n’importe quel épisode de la série Fauda ressemble à un Derrick (les plus vieux reconnaîtront ; les autres, tapez le nom dans une IA, c’est de votre âge). Dans toute l’histoire des détournements d’avion, je crois qu’il n’existe aucun épisode aussi héroïque et aussi joyeux que ce miracle aérien.
De l’autre côté, face à ces héros, il y a tous ces convaincus et ces militants qui, un peu partout dans le monde, continuent inlassablement à attiser la haine d’Israël et la haine des Juifs en appelant notamment à globaliser l’Intifada. Toute cette haine accumulée qui conduit cet islamiste à attaquer son collègue avec la hache de secours du cockpit, persuadé que précipiter 174 passagers dont 166 Israéliens dans la mort fait partie de son devoir. Face à lui, la vie. La vie et rien d’autre
Source Le Point
happywheels