« Voile ou conduire » : le maire juif et socialiste de Paris centre Ariel Weil dans la tourmente, la gauche parisienne se déchire
Ariel Weil, le maire socialiste de Paris centre, essuie de vives critiques après une publication sur les réseaux sociaux jugée maladroite. Sont engagés dans la bataille d’autres élus de gauche. Signe des temps.

Ariel Weil dans la tourmente. C’est un cliché d’une religieuse catholique publié le vendredi 18 septembre sur le compte Instagram personnel du maire socialiste de Paris Centre qui a mis le feu aux poudres. La raison : la légende accompagnant la photo, « Voile ou conduire, il faut choisir ». Certains internautes n’ont pas tardé à y voir la preuve d’un comportement raciste et sexiste, bientôt rejoints par des responsables politiques de gauche appelant au retrait de la publication et sommant Ariel Weil de présenter des excuses. Ce que l’intéressé refuse pour l’heure
Une femme de dos, marchant sur une piste cyclable à côté de son vélo. Elle porte un long habit bleu. Sur sa tête, sous le casque, un voile blanc. Rien de problématique là-dedans. N’était le trait à vocation humoristique qu’Ariel Weil avait joint à la photo. Une parodie du slogan de prévention routière « Boire ou conduire, il faut choisir ».
Les réactions ont été nombreuses. Sur le réseau social, fusent alors les critiques : « Je ne sais pas ce qui est choquant, stigmatiser une femme pour sa supposée religion ou prendre une femme en photo à son insu » écrit une internaute. Un autre utilisateur renchérit, comme pour prendre l’édile à son propre jeu : « Être de gauche et donc être antiraciste et féministe ou ne pas l’être, il faut choisir. »
Les anonymes ont même depuis été rejoints par une célébrité en la personne de Benjamin Biolay, le chanteur y allant, lui aussi, de son commentaire : « La preuve qu’il est impossible de continuer à voter pour le PS est cette publication ouvertement sexiste et raciste. Vous devriez la supprimer. On a tous des années de combat ensemble. C’est si triste. » Ambiance.

L’extrême gauche parisienne à l’offensive
Cette avalanche de réactions trahit sans aucun doute le caractère inflammable de la question du voile islamique dans l’opinion publique. La polémique a tout d’abord été alimentée par l’incertitude quant à la confession de la femme présente sur le cliché. Plusieurs internautes ont en conséquence pointé l’islamophobie prétendue de l’élu. Face aux nombreux messages, Ariel Weil a modifié la publication, précisant entre autres qu’il s’agissait d’une religieuse appartenant à la Fraternité Monastique de Jérusalem.
Un élément de contexte qui ne suffit toutefois pas éteindre l’incendie. Le 21 septembre, le groupe Écologiste & Social de Paris publie un communiqué sur Instagram. Les élus y dénoncent la publication, jugée incompatible avec l’appartenance politique d’Ariel Weil : « Un maire de gauche ne devrait jamais dire ça », écrivent-ils. Avant d’exiger le retrait de la photo ainsi que des excuses.
« Je ne suis pas très impressionné »
Dans une « mise au point » publiée le 22 septembre, l’élu, qui refuse de se plier aux injonctions adressées, a pris le soin de réexpliquer la démarche motivant son usage d’Instagram. Il explique ainsi photographier depuis de longues années des « scènes parisiennes ». Et évoque les clichés déjà consacrés aux religieuses de la Fraternité monastique par le passé, et plus largement : « comme pour les curés ou les rabbins que j’ai déjà publiés ici, ou un Parisien stylé en qamis, eh oui aucune tenue n’est taboue ici ! »
Publicité
Dans une conclusion empreinte de fermeté, il invite ceux qui n’apprécient pas ses talents de photographe à « passer leur chemin ». « Je ne suis pas très impressionné par les raids numériques et les calculs politiques », écrit-il pour finir. Il procède toutefois à une nouvelle modification de la publication. La légende devient alors : « Voile ou conduire… »
Cette mise au point et cette modification n’auront pas réussi à apaiser les ardeurs des élus du groupe d’opposition de gauche Nouveau Paris Populaire. Il est co-présidé par l’élue insoumise Sophia Chikirou, avec qui Ariel Weil a déjà eu maille à partir par le passé sur fond de conflit israëlo-palestinien. Considérant que le refus du maire change la nature de l’affaire, les élus d’opposition cinglent dans un communiqué : « Il persiste. Ce n’est plus une faute de goût ou une erreur : c’est un choix politique. » Ils y interpellent enfin le maire de Paris : « Emmanuel Grégoire doit condamner ces propos sans détour. Son silence serait une complaisance. » Et prennent eux aussi Ariel Weil au mot : « Condamner ou couvrir : il faut choisir. »
Emmanuel Grégoire ne s’est pour l’heure pas exprimé sur l’affaire impliquant son camarade socialiste. Au-delà de la joute virale, l’incident peut révéler davantage que les tensions traversant la gauche parisienne. Elle vient, à l’approche de l’échéance présidentielle de 2027, mettre au grand jour une fois de plus ses profondes divisions intérieures. Jusqu’à ce que sonne l’heure du second tour ?
Source Valeurs Actuelles
happywheels