ARTE – DIMANCHE 22 SEPTEMBRE 219 : la petite musique aryenne d’Herbert von Karajan

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Par Renaud Machart
Le chef d’orchestre autrichien, mort il y a trente ans, a frayé avec les nazis dans sa jeunesse. Le documentaire « Karajan. Portrait du maestro » revient sur cet épisode controversé de sa carrière.
Comme la chanteuse Maria Callas (1923-1977), le chef d’orchestre Herbert von Karajan (1908-1989) reste un mythe fascinant, réexaminé à chaque anniversaire (de sa naissance comme de sa mort), alimentant toujours des ventes de disques consistantes dans la mesure où chaque commémoration s’accompagne de nouvelles intégrales et anthologies de la vaste discographie du chef, nommé « à vie », en 1955, à la tête de l’Orchestre philharmonique de Berlin.
Pour qui ne connaîtrait rien de la carrière du musicien, de ses rapports ambigus et fluctuants avec le pouvoir nazi (sous lequel Karajan fit ses débuts), de son charisme extraordinaire, de ses manies (il détestait les chauves et imposait que les membres dégarnis de son orchestre portent des perruques lors des concerts filmés en studio), de son goût pour les automobiles, les avions, le ski, la technologie, les jolies femmes, ce documentaire de Sigrid Faltin sera une bonne source d’information.
Pour les autres, il ne constituera qu’une redite de la vie et de la carrière bien connues du chef, avec des témoignages et extraits d’archives vus ailleurs. Avec, cependant, une information intéressante : l’historien Oliver Rathkolb montre la fiche d’inscription de Karajan à l’université de Vienne, en 1927, qui mentionne le terme « aryen ».
Le détail semble corroborer d’autres informations, mises au jour par l’historien depuis 2012, quant aux opinions politiques et antisémites du jeune Karajan et constituer une preuve de « conscience nationale particulièrement marquée », voire de « racisme », cinq ans avant son inscription au parti nazi.
Ce sujet est complexe puisque le musicien a profité des faveurs nazies tout en étant détesté par Hitler… Il s’est marié, en 1942, avec Anita Güterman, « quart de juive » au yeux des nazis – mais dont le père industriel collaborait de près avec le pouvoir.
Quoi qu’il en soit, Karajan sera banni des podiums pendant deux ans après la fin de la guerre avant de retrouver le chemin des salles de concert et d’opéra, parfois accueilli avec hostilité (par l’importante communauté juive de New York par exemple). Il s’y installera durablement, en dieu hautain au regard bleu glacial qui avait cette capacité de subjuguer les orchestres et le public de ses concerts.
Source :
https://www.lemonde.fr/culture/article/2019/09/22/television-la-petite-musique-aryenne-d-herbert-von-karajan_6012607_3246.html

Karajan en 1941.
Herbert von Karajan fait ses débuts officiels de chef d’orchestre en 1929 en dirigeant Salomé de Richard Strauss à Salzbourg et devient, jusqu’en 1934, premier maître de chapelle de l’Opéra d’État d’Ulm. En 1933, il fait ses débuts au Festival de Salzbourg en dirigeant La Nuit de Walpurgis de Mendelssohn dans une production du Faust de Goethe par le metteur en scène Max Reinhardt. La même année, il présente à Salzbourg une première demande d’adhésion au Parti nazi5, qui n’aboutit pas à cause des restrictions décidées au sein du parti nazi après l’arrivée au pouvoir d’Adolf Hitler ; mais il y adhère finalement deux ans plus tard, en mars 1935, notamment dans le but d’obtenir le poste ardemment convoité de chef de l’orchestre symphonique du théâtre d’Aix-la-Chapelle. Cette adhésion fait suite à l’expression répétée de sympathies vis-à-vis de l’extrême droite dans sa jeunesse et ne peut être réduite à son carriérisme5.
En 1935, il est le plus jeune directeur musical (Generalmusikdirektor) allemand et il est invité à diriger à Stockholm, Bruxelles et Amsterdam. En 1937, il fait ses débuts à la tête de l’Orchestre philharmonique de Berlin et de l’Opéra national dans Fidelio.
En 1938, il obtient son premier grand succès à Berlin en dirigeant Tristan et Isolde ; un critique berlinois titre ainsi son article : « Das Wunder Karajan » (« Le miracle Karajan »). Il devient alors un pion utilisé contre Wilhelm Furtwängler dans la guerre culturelle interne qui oppose Joseph Goebbels à Hermann Göring pour le contrôle du monde musical allemand, Goebbels soutenant l’Orchestre philharmonique de Berlin et Goering l’Opéra national. Le 26 juillet 1938, il épouse la chanteuse d’opérette Elmy Holgerloef. Ils divorcent en 1942, Herbert se remariant le 22 octobre de la même année avec la jeune héritière d’une grande dynastie d’industriels allemands, Anna Maria, dite Anita6 Gutermann.
En 1939, Karajan s’attire l’inimitié de Hitler lors d’un concert de gala donné en l’honneur des monarques yougoslaves : en raison de l’erreur du baryton Rudolf Bockelmann, il perd le fil des Maîtres Chanteurs du compositeur Richard Wagner — qu’il dirigeait sans partition, comme à son habitude —, les chanteurs cessent alors de chanter et, dans la plus grande confusion, le rideau tombe ; furieux, Hitler donne cet ordre à Winifred Wagner : « Moi vivant, Herr von Karajan ne dirigera jamais à Bayreuth ». Karajan demeure cependant à la tête de l’orchestre de la Staatskapelle de Berlin à l’Opéra national7.
Son engagement nazi, jamais assumé mais toujours sous-jacent, lui permit de diriger plusieurs concert dans Paris occupé en 1941 et 1942 à l’Opéra Garnier à la tête de l’Orchestre Philarmonique de Berlin. 8
Après la guerre, en 1947, il est « dénazifié » par les Alliés et pris sous contrat par Walter Legge, pour devenir l’année suivante chef d’orchestre permanent du Philharmonia Orchestra à Londres. À la réouverture du Festival de Bayreuth en 1951, ainsi que l’année suivante, il est invité à diriger l’orchestre du festival, notamment dans un Tristan et Isolde devenu légendaire. Le chef d’orchestre Wilhelm Furtwängler meurt fin 1954. Karajan est nommé en 1955 chef à vie9 de l’Orchestre philharmonique de Berlin, ce qui lui permet de réaliser son rêve de toujours : devenir le successeur de l’illustre chef allemand.

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7 Commentaires

  1. jeannine zimner

    23 septembre 2019 at 21 h 12 min

    J’espère qu’il continue à pourrir en enfer.

  2. Rosa SAHSAN

    24 septembre 2019 at 14 h 30 min

    Je le pense également mais cela doit être intérressant de voir ce qui l’a poussé à aller vers hitler.
    Etaient-ce les idées d’hitler qui lui correspondait à ce moment là,
    ou bien était-ce sa carrière?
    ROSA

  3. Knocker

    24 septembre 2019 at 15 h 39 min

    Vous allez nous emmerder aussi avec Wagner!!!! Je voudrais rappeler que d’anciens membres de la LICRA ont collaboré avec les allemands. A l’époque ça s’appelait la LICA. ça par contre personne en parle.

  4. josué bencanaan

    24 septembre 2019 at 17 h 13 min

    Lui et l’acteur horst tappert, l’inspecteur Derrick, il a servi dans la waffen SS, division totenkopf.
    Si l’on devait enumérer tout les celebrités allemande qui ont servis dans l’armée allemande on en finirai pas !

  5. David 1

    24 septembre 2019 at 21 h 32 min

    Knocker, qu’est ce que vous racontez ? Des anciens membres de la LICRA auraient collaboré avec des Nazis ? Qui s’il vous plait Et qu’est ce que cet autre mensonge sur la LICA ? D’où sortez vous? Ami de SoraL

    • liguedefensejuive

      25 septembre 2019 at 7 h 05 min

      Un paradoxe français : Antiracistes dans la Collaboration, antisémites dans la Résistance est un ouvrage du chercheur et universitaire Simon Epstein, historien dont les travaux portent sur l’histoire d’Israël et de la France et spécialiste de l’antisémitisme.
      Cet ouvrage publié en 2008 étudie le parcours de personnalités qui s’engagèrent dans l’antiracisme dans les années précédant la Seconde Guerre mondiale avant de s’impliquer dans la collaboration sous l’Occupation ; inversement, il établit la surreprésentation par rapport à leur poids politique des militants d’extrême droite, en particulier antisémites, parmi les fondateurs de la Résistance et les premiers soutiens du général de Gaulle.
      Ainsi, Epstein constate que le gouvernement de Vichy compte dans ses rangs davantage d’ex-philosémites que d’ex-antisémites, que les anciens du combat antiraciste furent nombreux au Rassemblement national populaire et à la direction du Parti populaire français et que certains s’engagèrent dans les Waffen-SS ; il rappelle que les antisémites abondent dans la Résistance, aussi bien dans les réseaux et les maquis, qu’à Londres ou à Alger1. Cela pourrait contribuer à expliquer le fait que le quotidien communiste L’Humanité fasse, dans ses articles sur le retour des détenus dans les camps nazis, peu de mentions des Juifs.
      L’ouvrage est composé de trois parties : « Les antiracistes dans la Collaboration », « Mémoire des dérives et dérive des mémoires », « Les antisémites dans la Résistance ».
      La France de Vichy abonde en anciens philosémites et amis de la LICA : on les trouve au gouvernement, au conseil national, dans la diplomatie, dans l’administration4.

      • Pierre-Étienne Flandin (1889-1958), dirigeant de l’Alliance démocratique, parti centriste, fut un philosémite militant. Il fut parmi les fondateurs du Comité pour la défense des droits des Israélites en Europe centrale et orientale5. Sioniste, il est signataire d’un appel pour la paix en Terre sainte. Il se ralliera à Philippe Pétain et prendra la tête du gouvernement de Vichy entre décembre 1940 et février 1941 (il quittera son poste sous pression allemande qui le soupçonne d’anglophilie)6. Au moment des accords de Munich qu’il approuve, avec la grande majorité de l’opinion en France et en Angleterre, les communistes et certains nationalistes prennent violemment à partie Flandin à propos d’un télégramme de félicitations adressé à Adolf Hitler. Le royaliste Jacques Renouvin le giflera à deux reprises publiquement alors que Flandin déposait une gerbe sur le tombeau du Soldat inconnu (14 novembre 1938). Il s’en expliquait ainsi : « On a complimenté M. Chamberlain, on a complimenté M. Daladier, on a complimenté M. Mussolini. Alors j’ai complimenté M. Hitler ». Adolf Hitler lui répond par télégramme, en date du 2 octobre 1938 : « Je vous donne ici l’assurance de mes sentiments reconnaissants pour vos efforts énergiques en faveur d’une entente et d’une collaboration complètes entre l’Allemagne et la France ». Jacques Renouvin s’exprimera dans la presse sur la signification de son geste : « […] précisément parce que je suis un patriote cent pour cent, j’ai estimé qu’en portant des fleurs sur le tombeau de l’Inconnu après avoir eu le front d’envoyer ses félicitations scandaleuses à Hitler M. Flandin méritait une correction. Je l’ai donc giflé, espérant que cette leçon servirait aux Français égarés qui seraient tentés de se livrer aux mêmes bassesses »7.
      • Lucien Romier (1885-1944), historien et journaliste dreyfusard8 est sincèrement antiraciste et ami de Léon Blum9. Nommé ministre d’État (sans portefeuille), il fut le conseiller politique le plus écouté du Maréchal Pétain.

      • René Belin (1898-1977), syndicaliste, progressa rapidement dans la hiérarchie syndicale et fit figure de successeur de Léon Jouhaux, dirigeant de la CGT. Belin est proche de la LICA10. Belin prend la parole à la grande réunion organisée par la LICA au Cirque d’Hiver à Paris le 19 juin 1939, y dénonce le racisme et l’antisémitisme et proclame sa solidarité avec les Juifs ; moins de dix-huit mois plus tard, ministre de la production industrielle, il est cosignataire du statut des Juifs de 194011.
      • François Chasseigne (1902-1977), dirigeant des Jeunesses communistes, est un militant antimilitariste et anticolonialiste, ce qui le conduira à faire de la prison. Il est « ami de la LICA » en 193612, il rejoindra les « amis de la Waffen-SS » en 194413,14. Il devint ministre de l’Agriculture et du Ravitaillement de Vichy.
      • Marcel Peyrouton (1887-1983) vient du centre gauche républicain et se réclame de la tradition politique de Jules Ferry ; son antiracisme ne se traduit pas par des discours mais par des actes, notamment par des mesures contre l’agitation antijuive en Tunisie15,16. Il fut ministre de l’Intérieur de Vichy et bien qu’hostile aux Allemands, il participera à l’élaboration du premier statut des Juifs en 194017.
      • Joseph Barthélemy (1874-1945) fut député du Gers et professeur de droit constitutionnel ; il protestera et pétitionnera contre les mesures anti-juives en Allemagne et en Roumanie dans les années 193018 et traitera Hitler de « crapuleux aliéné de Berchtesgaden »11. Ministre de la justice de Vichy, il est responsable du deuxième statut des Juifs, plus rigoureux que le précédent19.
      • Georges Ripert (1880-1958), doyen de la faculté de droit de Paris, signe un manifeste en 1933 qui dénonce l’antisémitisme allemand20 et incite les étudiants français à accueillir leurs condisciples réfugiés d’outre-Rhin21. Secrétaire d’État à l’instruction publique du gouvernement de Vichy de septembre à décembre 1940, il procède aux premiers renvois d’universitaires juifs des facultés françaises22.

      • Jérôme Carcopino (1881-1970), remplacera Ripert de février 1941 à avril 1942. Historien prestigieux du monde antique, dreyfusard et fils de dreyfusard, il proteste contre l’exclusion de l’université italienne de professeurs juifs avant de proposer lui-même un numerus clausus dans les universités françaises. Carcopino présentera une apologie systématique du pétainisme et de son rôle en particulier : le but était de limiter les dégâts en ne consentant aux Allemands que le minimum nécessaire et de préserver l’avenir en maintenant une souveraineté française mais partielle23,24.
      • Abel Bonnard (1883-1968) est un ami de Marcel Proust25 et un académicien français. Sa critique du racisme et ses amitiés juives sont connues. Néanmoins, il évolue et devenu ministre de l’Éducation en avril 1942, il se range parmi les radicaux de la collaboration26.
      • Pierre Cathala (1888-1947) fut membre du parti radical et plusieurs fois ministre dans les années 1930. Il est signataire d’une protestation des avocats de Paris contre les traitements odieux infligés aux intellectuels et est un ami de la communauté juive27,28. Il sera ministre des finances de Laval en 1942 et fondateur du RNP de Marcel Déat29.
      • René Bousquet (1909-1993), radical-socialiste, proche de Roger Salengro, occupant après la victoire électorale de la gauche en 1936 un poste stratégique30, il jouera un rôle important dans la déportation des Juifs de France.
      • Max Bonnafous (1900-1975), normalien, intellectuel nostalgique de Jean Jaurès, vient du centre-gauche. Il est candidat à la députation en 1936 et proclame son soutien au Front populaire. En avril 1942, il est ministre de l’Agriculture et du Ravitaillement de Pierre Laval31.

      • Georges Scapini (1893-1976), fut député de la Seine en 1928. En 1937, il est en liaison avec un militant juif, qui l’informe des agissements de Darquier de Pellepoix32. Scapini sera ambassadeur de Pétain, chargé de la protection des prisonniers de guerre français en Allemagne. Il acceptera le principe de baraques distinctes pour les Juifs et les non-Juifs33.
      • Gaston Bergery (1892-1974), membre du parti radical et député de Mantes en 1928, Bergery entre en rapport avec la LICA en 1932 par l’entremise de Georges Pioch, qui était dreyfusard et philosémite, dirigeant de la LICA et fut déatiste modéré sous l’occupation33. « Le racisme et l’antisémitisme sont contraires à l’idée de nation » affirmera-t-il34. Néanmoins, il évolue et trouve les Juifs trop nombreux dans les cabinets ministériels du gouvernement Blum35. Il sera ambassadeur de Vichy à Moscou et Ankara.

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