AUSTRALIE-Un juif débarrasse gracieusement Melbourne de ses tags anti-Juifs et anti-Israël
Selon Heshy Adelist, les signalements ont augmenté depuis le 7-Octobre : il a passé un millier d’heures à effacer des graffitis haineux et témoigné devant la commission sur l’antisémitisme
MELBOURNE, Australie — Quand Heshy Adelist, 37 ans et père de trois enfants, a monté son entreprise de nettoyage, il y a de cela près de cinq ans, il avait en tête la manière d’en faire un commerce rentable. Et le fait de passer un millier d’heures, à titre bénévole, à récurer des graffitis antisémites sur des murs, des clôtures, des écoles et des synagogues de Melbourne ne faisait clairement pas partie du projet.

Avant le pogrom perpétré par le Hamas en Israël le 7 octobre 2023, l’entreprise d’Adelist, HGA Cleaning Solutions, connaissait une croissance régulière. Originaire de Melbourne, en Australie, Adelist est spécialiste du nettoyage à haute pression, particulièrement des fenêtres et des gouttières. Jusque-là, il passait l’essentiel de son temps à remettre en état des immeubles, préparer des maisons à la vente et laver des allées de garage pour qu’elles soient impeccables.
Le 7 octobre 2023, tout a changé et le téléphone d’Adelist a commencé à sonner.
A mesure que l’antisémitisme empirait en Australie en raison de la guerre à Gaza déclenchée par le pogrom du Hamas, des synagogues, des écoles juives, des bâtiments communautaires et des maisons de familles juives des environs de Melbourne ont été visés par des graffitis antisémites. Des croix gammées ont été barbouillées sur des murets et des trottoirs, et des messages violents ou profanes tels que « Fuck the Jews » (Nique les Juifs) et « Kill the Jews » (Tuez les Juifs) ont été tagués à la bombe sur des murets.

Adelist se met alors à recevoir des appels lui demandant d’effacer ces graffitis, car de nombreux membres de la communauté juive savent qu’il dispose d’un matériel de nettoyage professionnel et de l’expérience pour éliminer rapidement les taches difficiles.
Malgré le bon millier d’heures passées à récurer ces messages de haine sur les murs et les murets de la ville, Adelist n’a jamais demandé à être payé.
« Je ne veux pas être payé pour ça, c’est ma mitzvah », explique Adelist en utilisant le mot hébreu pour désigner une bonne action.
Depuis le 7-Octobre, la communauté a subi l’une des pires vagues d’antisémitisme enregistrées au niveau mondial. Selon le Times of Israel, ces trois dernières années en Australie, des synagogues, des écoles et des maisons ont été prises pour cibles de bombes incendiaires, deux infirmiers ont menacé de tuer des patients juifs dans leur hôpital, et on a découvert une remorque remplie d’explosifs manifestement destinée à commettre un carnage de grande ampleur dans une synagogue de Sydney.
En décembre dernier, des terroristes ont ouvert le feu lors d’un événement pour Hanoukka à Bondi Beach, à Sydney, ce qui a fait 15 morts dans l’attentat terroriste le plus meurtrier de toute l’histoire de l’Australie.
Pour Adelist, dont la famille paternelle a survécu à la Shoah et la famille maternelle a survécu au pogrom de Farhoud en Irak, le fait de faire disparaitre ces graffitis est le service qu’il rend à la communauté.

« J’arrive et j’évalue les dégâts. Parfois, ça part facilement. Parfois, il faut une bonne vingtaine voire une bonne trentaine de minutes de nettoyage », explique-t-il.
Après le 7-Octobre, Adelist a, durant des mois, été contacté pour nettoyer des graffitis antisémites presque chaque jour, même le week-end.
« La première année, des mois durant, j’y passais tout mes dimanches : ma femme était contrariée que je ne sois pas là pour l’aider avec les enfants », confie-t-il. « Elle me disait souvent : ‘Tu n’es pas obligé de faire ça’, juste avant d’ajouter : ‘En réalité, je sais que tu te dois de le faire’. Elle comprenait pourquoi je devais y aller. »
De manière à pouvoir intervenir en plusieurs endroits d’affilée, Adelist mettait son nettoyeur à haute pression, sa peinture et son matériel de nettoyage dans sa voiture et parcourait Melbourne.
« Quand c’est un muret, je peins par-dessus. Parfois, j’utilise le jet à haute pression. Quand je prenais la route pour aller nettoyer quelque chose, j’apportais tout mon matériel, au cas où ce soit un chantier difficile », poursuit-il.
Son service de nettoyage bénévole et solitaire s’est taillé une réputation par le jeu du bouche-à-oreille. Plusieurs synagogues se sont passées son numéro, et des membres de la communauté lui ont envoyé des photos des endroits recouverts de graffitis antisémites.
« Quand c’est une maison et que ce n’est pas le propriétaire qui m’a appelé, je frappe à la porte pour demander la permission de l’effacer, et 99 % du temps, ils sont ravis que je m’en occupe », précise-t-il.
Adelist a également nettoyé des graffitis antisémites sur de longues portions de murs, le long des plages de Melbourne, et est revenu à plusieurs reprises dans les mêmes synagogues après des attaques répétées. Même aujourd’hui, trois ans ou presque après le 7-Octobre, il dit recevoir des appels pour nettoyer des graffitis une fois par semaine.
Il a effacé des croix gammées, des insultes anti-Israël et des dessins de rats accompagnés du mot « Juif », entre autres slogans de haine.
L’acte antisémite « le plus marquant »
Une intervention, en particulier, est restée gravée en lui.
Une famille juive vivant dans un immeuble de Clayton, une banlieue du sud-est de Melbourne pas particulièrement juive, s’est réveillée un matin en découvrant les inscriptions « Kill Jews » (Tuez les Juifs) et « Jew Lives Here » (Un Juif vit ici) sur la boîte aux lettres collective de l’immeuble. C’était la seule famille juive de la résidence, l’attaque a donc été ressentie comme personnelle et ciblée. Dès qu’Adelist a reçu l’appel, il a immédiatement pris la route.
« Cette intervention-là m’a beaucoup marqué. On l’a ressentie comme très proche de nous, et cela a fait la une des journaux. Parfois, les graffitis visent Israël, mais là, c’était l’un des premiers messages purement anti-juifs que j’ai vus. Il n’y avait rien sur Israël — cela visait les Juifs », confie-t-il.
En dépit des difficultés, Adelist assure qu’il ne se limite pas à la suppression des graffitis antisémites. Il a également effacé des graffitis anti-musulmans et affirme qu’il effacerait avec plaisir tout autre graffiti de haine adressé à un autre groupe religieux.
« Là où je vis, à Melbourne, la plupart des graffitis concernent les Juifs. Peu de gens écrivent ‘Tuez tous les chrétiens’. De temps en temps, je vois des messages islamophobes, mais on n’en voit pas tellement dans ces quartiers. Mais quand j’en vois, je les efface systématiquement. J’ai parfois nettoyé des « Nique les Juifs, Nique les Musulmans ». Clairement, c’est quelqu’un qui déteste tout le monde », affirme-t-il.
Son expérience en matière de nettoyage de ces manifestations d’antisémitisme, sur les murs et maisons de Melbourne, l’a conduit à témoigner devant la commission royale australienne sur l’antisémitisme, et parler des répercussions de son travail bénévole sur sa vie quotidienne, ainsi que de son expérience de témoin de tant de haine contre les Juifs australiens.
Il semble, pense-t-il, que le pire est passé. La sécurité à proximité des synagogues et des événements juifs en Australie est beaucoup plus stricte qu’avant, et il estime que certains vandales sont plus prudents, conscients du risque de se faire prendre.
« Je suis toujours bien occupé, malheureusement, mais depuis le 7-Octobre, c’est de moins en moins fréquent. La police en fait certainement un peu plus, mais je pense que les gens passent à autre chose après cet effet de mode. En plus, avec la sécurité renforcée partout depuis l’attaque de Bondi, je pense que les tagueurs ont un peu plus peur que lorsqu’ils ont commencé, il y a de cel deux ans. Mais cela ne veut pas dire que ça n’arrive plus », tempère-t-il.
Source https://fr.timesofisrael.com/

