Iran: l’histoire qui s’écrit contrarie Macron
Le billet politique d’Ivan Rioufol
Ivan Rioufol
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4 mars 2026
Le chef de l’Etat a pris la parole, hier soir, lors d’une courte et factuelle allocution télévisée consacrée à la situation au Moyen-Orient. Au quatrième jour de la guerre déclenchée par les bombardements des États-Unis et d’Israël sur l’Iran, donnant quelque peu l’impression de subir les événements, Emmanuel Macron s’est finalement résolu à donner l’ordre au porte-avions Charles-de-Gaulle, à ses moyens aériens et à son escorte de frégates de faire route vers la Méditerranée.
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Applaudir Donald Trump et Benyamin Netanyahou ? Un cauchemar. Emmanuel Macron ne s’y résoudra jamais. Sa répulsion le rapproche, à nouveau, de Jean-Luc Mélenchon. Tous deux sont pareillement à l’écoute de la nouvelle « rue arabe » en France, supposée antisioniste.
Une flopée de commentateurs, politiques ou médiatiques, partage ce même réflexe pavlovien contre les deux affreux, coupables de ne pas se courber devant l’islam djihadiste et anti-occidental. Hier soir, sur les télévisions, le chef de l’Etat a rappelé, à l’instar du leader LFI, que les opérations de bombardements aériens contre l’Iran, lancées depuis samedi matin par les Etats-Unis et Israël, sont « conduites en dehors du droit international ». Il a appelé Israël à « respecter le territoire libanais et son intégrité ». Lundi, la députée européenne macroniste Valérie Hayer avait été plus claire : « Je considère aujourd’hui que les États-Unis sous Donald Trump ne sont plus nos alliés ». C’est à reculons que la France s’engage dans le conflit moyen-oriental, en appliquant néanmoins les accords de défense qui la lient avec des pays arabes sous le feu iranien, et notamment les Emirats Arabes Unis. Des Rafale ont pris l’air. Le porte-avions Charles de Gaulle, en Atlantique Nord, fait route vers la Méditerranée. Mais Macron a prévenu : « La France n’a été ni prévenue, ni impliquée ». Cette guerre contre le terrorisme apocalyptique des mollahs ne sera pas la sienne. A la recherche de l’histoire qui s’écrit, il croit l’avoir repérée du côté de la Russie en conflit avec l’Ukraine. Or, une fois de plus, le président français s’éloigne des peuples oppressés, et en l’occurrence des Iraniens qui se sont réjouis de la mort de l’ayatollah Ali Khamenei, tué dès la première frappe.
Se rendant lundi à Brest, pour clarifier l’usage de l’arme nucléaire, le chef de l’Etat a publié la photo de son Falcon, lui à son bord, survolant le Mont-Saint-Michel entouré de quatre Rafale armés. Sur l’Ile Longue, il a pris une posture poutinienne pour rappeler, à l’instar du dirigeant russe, la puissance terrifiante des nouvelles bombes atomiques. Mais ces mises en scène guerrières trahissent une doctrine erratique. C’est le pourfendeur des souverainistes nationaux qui s’est rangé, ce jour-là, à leurs exigences de maîtriser, in fine, la décision ultime d’appuyer, seul, sur le bouton rouge. Sa défense habituelle de la souveraineté européenne s’est contentée de proposer le concept de « l’épaulement » qui élargirait symboliquement les bases de tirs nucléaires à d’autres territoires. Surtout, si Macron a redit toute son hostilité à la Russie de Poutine, il n’a pas évoqué la dictature iranienne. A l’aise pour dénoncer rituellement « l’internationale réactionnaire », représentée par le duo Trump-Netanyahou, il ne dit jamais rien de l’internationale islamiste, protégée ouvertement par LFI, notamment à travers sa députée européenne Rima Hassan. Or cette menace existentielle est autrement plus dangereuse pour la France.
« Pour être libre il faut être craint. Pour être craint il faut être puissant », répète à l’envi le chef de l’Etat. Hier soir, il avait placé un petit soldat de plomb de l’armée napoléonienne, fusil en joue, au premier plan sur son bureau présidentiel. Mais qui prend encore Macron au sérieux ?
Source Causeur
