Municipales : Avec les écarts de Mélenchon, la gauche hors-LFI piégée dans un dilemme périlleux

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Dans une dizaine de jours, nombreux candidats socialistes et écologistes devront choisir quelle stratégie adopter vis-à-vis des listes insoumises en capacité de se qualifier au second tour.
Par Anthony Berthelier
La défaite ou l’opprobre ? Voilà, à gros traits, comment pourrait se résumer le dilemme qui attend inévitablement la gauche dite « modérée » dans dix jours, à l’issue du premier tour des élections municipales. Socialistes ou écologistes auront effectivement besoin des voix de La France insoumise pour espérer une issue positive dans plusieurs endroits du territoire.
Parti en solitaire dans une majorité de villes aux municipales, le mouvement de gauche radicale n’est quasiment jamais en situation de gagner. En revanche, il peut espérer la qualification de plusieurs de ses listes (grâce à un score supérieur à 10 %), propre à empêcher ses partenaires de conserver leur bastion ou de faire basculer des villes. C’est le cas à Paris, Marseille, Lyon, mais aussi Toulouse, Limoges, Avignon, Amiens et dans une ribambelle d’autres communes.
Problème : les nouveaux écarts de Jean-Luc Mélenchon sur Epstein ou Glucksmann ont renforcé les accusations d’antisémitisme à son égard, tandis que les réactions épidermiques qu’elles ont provoquées chez ses anciens partenaires du NFP ont eu pour effet de rendre toujours plus difficiles les conditions d’un grand rabibochage avant le 22 mars, dans l’entre-deux-tours.
Nantes, Toulouse, Paris… La saison des dilemmes
La situation s’était déjà tendue à gauche après l’homicide du militant d’extrême droite radicale Quentin Deranque, à Lyon, dans lequel plusieurs proches du député insoumis Raphaël Arnault sont mis en cause. Le Parti socialiste avait alors évoqué de « rares » rapprochements avec LFI au second tour, à condition que les Insoumis s’engagent à rompre avec « la violence politique ».
Mais alors que les mélenchonistes semblaient tendre la main à leurs partenaires, (en proposant des « fusions techniques » pour empêcher la droite ou l’extrême droite de l’emporter), les dernières sorties polémiques de Jean-Luc Mélenchon, ironisant sur la prononciation du nom du criminel sexuel Jeffrey Epstein et surtout sur le nom de l’eurodéputé Raphaël Glucksmann, lors de deux récents meetings, ont placé ses partenaires dans une position encore plus inconfortable.
Fait rare, le leader insoumis s’est dit lundi « désolé » d’avoir « par erreur » déformé le nom du leader de Place publique, qui en retour, l’a comparé à l’ancien dirigeant d’extrême droite Jean-Marie Le Pen. Avant ces excuses, la secrétaire nationale des Verts Marine Tondelier a qualifié cette sortie « d’inacceptable », expliquant que des « conditions » seraient posées avant d’envisager toute alliance. Le patron du PS Olivier Faure a déploré pour sa part « une stratégie qui dérive sur les eaux brunes de l’antisémitisme », dans le sillage de la présidente de la région Occitanie Carole Delga, opposante notoire à Jean-Luc Mélenchon, qui qualifiait de « déshonneur » ou « reniement » toute éventualité d’accord.
« Il n’y a pas eu d’accord national entre le Parti socialiste et la France insoumise pour les élections municipales et il ne saurait y en avoir au second tour compte tenu de l’inquiétante dérive de la direction de ce mouvement », a tranché dans un communiqué le bureau national du PS dans la soirée du mardi 3 mars, accusant Jean-Luc Mélenchon d’avoir tenu des « propos antisémites intolérables » et de nourrir « les caricatures complotistes ».
Reste que la vérité du terrain approche. Dans quelques jours, les candidats socialistes, écologistes ou communistes qui arriveront en tête du premier tour auront à définir une stratégie vis-à-vis des candidatures LFI en capacité de se maintenir. Selon les sondages à l’Instant T, et les règles arithmétiques qui y sont liées, les casse-tête risquent d’être nombreux.
Bataille de récits
Outre Paris et Lyon, on peut citer les cas de Nantes ou de Toulouse. Des études d’opinions récentes montrent effectivement que les candidatures LFI ont de bonnes chances de pouvoir se qualifier au second tour dans ces deux villes. Que feront alors les prétendants de cette gauche modérée, les socialistes Johanna Rolland et François Briançon pour les deux cas précis ? Dans le contexte actuel, s’ils engagent des discussions avec le mouvement de Jean-Luc Mélenchon, ils renieront leurs directions pour espérer une victoire finale. S’ils refusent toute entente pour assumer une rupture claire, ils hypothéqueront très sérieusement leurs chances de l’emporter (dispersion des voix oblige). Pas simple.
Conscients de ce mauvais dilemme, les adversaires de la gauche exploitent le filon à merveille. Ainsi, la campagne des municipales se résume souvent à ces questions d’alliance, avec des candidats de droite qui pressent leurs adversaires socialistes ou écologistes à se positionner clairement vis-à-vis de LFI avant le second tour. Pas bête.
Dès lors, on imagine aisément la bataille de récit qui va se jouer dans les prochains jours, entre insoumis et les autres partis de gauche. Les candidats les plus rétifs à un accord avec les mélenchonistes, Emmanuel Grégoire à Paris par exemple, auront beau jeu d’accuser leurs concurrents de permettre une victoire de la droite (Rachida Dati en l’occurrence) s’ils se maintiennent. À l’inverse, le mouvement insoumis appuiera sur les responsabilités du PS, dont l’intransigeance, selon eux, fera le jeu de la droite. « C’est ta faute, pas la mienne », en quelque sorte.
Du reste, cette guerre d’interprétation a déjà commencé. Elle est particulièrement perceptible à Marseille, où le risque de victoire de l’extrême droite est réel. Ce qui pourrait accoucher d’une donne différente par rapport aux autres villes citées plus haut. Ainsi, le socialiste Benoît Payan, donné en tête du premier tour, a déjà annoncé qu’il ne s’allierait pas avec Sébastien Delogu, l’insoumis qui devrait être en capacité de se qualifier. Ce dernier a pour sa part laissé entendre qu’il ne prendrait aucun risque face au Rassemblement national. De quoi imaginer un retrait sans contrepartie ? Ce qui se passe à Marseille risque en tout cas d’y rester.
Source
https://www.huffingtonpost.fr/

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