L’antisémitisme appartient aux antisémites

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Par VIRGINIE MARTIN

Tribune
En attribuant la montée de l’antisémitisme aux dirigeants israéliens, puis en appelant davantage de « voix juives » à s’élever pour la freiner, Ségolène Royal accomplit un étrange déplacement de responsabilité. L’antisémite s’efface peu à peu du tableau tandis que ceux qu’il vise y entrent. Pourtant, une règle élémentaire de l’antiracisme devrait suffire : la haine appartient d’abord à celui qui la porte.

Il fallait sans doute que quelqu’un finisse par le dire. L’antisémitisme aurait donc une nouvelle cause : le gouvernement israélien.

Lors du débat de la primaire de la gauche, Ségolène Royal s’inquiète de la montée de l’antisémitisme. Jusque-là, rien que de très légitime. Puis vient cette phrase : cette montée « n’est pas due à Israël », explique-t-elle, mais « aux actuels dirigeants d’Israël ». Et quelques secondes plus tard, elle ajoute qu’il faudrait « plus de voix israéliennes et juives » pour dénoncer ce qui se passe à Gaza, parce que cela permettrait, selon elle, de « freiner la montée de l’antisémitisme ».

Arrêtons-nous un instant.

Depuis quand l’antisémitisme est-il dû à autre chose qu’aux antisémites ?

On peut condamner la politique menée par le gouvernement israélien. On peut considérer que ce qui se passe à Gaza est insupportable. On peut en débattre, le dénoncer, exiger une autre politique. Mais ce n’est pas le sujet.

Le sujet est beaucoup plus simple : qui est responsable de l’antisémitisme ?

Un antisémite qui explique son antisémitisme par la politique israélienne reste responsable de son antisémitisme. Comme un raciste reste responsable de son racisme, quelles que soient les raisons qu’il invoque pour le justifier.

C’est même l’un des principes élémentaires de l’antiracisme : nous n’allons pas chercher dans le comportement de ceux qui sont discriminés les raisons de comprendre celui qui les discrimine.

Or il y a dans le raisonnement de Ségolène Royal un déplacement profondément troublant : l’antisémite finit par disparaître de l’explication de l’antisémitisme.

Il n’est plus tout à fait celui qui produit et propage la haine. Il devient presque celui qui réagit à une situation. Son antisémitisme trouve une circonstance extérieure qui vient, sinon l’excuser, du moins l’expliquer.

Or l’histoire du racisme devrait précisément nous avoir appris à nous méfier de ce mécanisme.

Celui qui hait dispose toujours d’une bonne raison de haïr. Le raciste vous expliquera pourquoi sa défiance est justifiée. Le misogyne dressera la liste de ses griefs contre les femmes. L’homophobe vous dira ce qui le dérange chez les homosexuels. La lutte contre les discriminations commence précisément lorsque nous refusons d’entrer dans cette comptabilité.

Le gouvernement israélien est responsable de la politique qu’il conduit. Les auteurs de propos ou d’actes antisémites sont responsables de leur antisémitisme.

Chacun sa responsabilité.

Mais le propos de Ségolène Royal franchit un deuxième seuil.

Car après avoir relié la montée de l’antisémitisme aux dirigeants israéliens, elle explique qu’il faudrait davantage de « voix israéliennes et juives » pour dénoncer ce qui se passe à Gaza et contribuer ainsi à la freiner.

Le déplacement est alors complet.

Non seulement l’antisémitisme trouve son explication ailleurs que chez l’antisémite, mais ceux qui risquent de le subir se voient confier une partie du travail nécessaire pour le faire reculer.

Jérôme Guedj l’a immédiatement relevé : nous n’avons pas demandé aux Français musulmans de se désolidariser des crimes de Daech. Raphaël Glucksmann lui a répondu dans le même sens : ce n’est pas aux Juifs de dénoncer Nétanyahou parce qu’ils sont juifs.

Et cette injonction, la gauche devrait la connaître.

Pendant des années, elle a dénoncé la sommation adressée aux Français musulmans : condamnez, désolidarisez-vous, dites que cela n’est pas fait en votre nom. Elle rappelait alors, à raison, qu’un citoyen n’a pas à répondre des actes de ceux auxquels on l’associe en raison de son identité.

Il serait singulier que cette même gauche réinvente aujourd’hui cette sommation à destination des Juifs.

Un Juif français peut condamner le gouvernement israélien. Il peut le soutenir. Il peut n’avoir aucune opinion sur lui. Surtout, il n’a pas à produire un certificat de désolidarisation pour avoir le droit de ne pas subir l’antisémitisme.

C’est pourtant là que conduit ce raisonnement : d’abord, ce que fait Israël contribuerait à expliquer la haine des Juifs ; ensuite, davantage de Juifs devraient condamner Israël pour contribuer à faire diminuer cette haine.

Il faut remettre les responsabilités à leur place.

La politique du gouvernement israélien relève de la responsabilité du gouvernement israélien. L’antisémitisme relève de celle des antisémites.

L’antisémitisme est le problème des antisémites. Il serait temps de leur en rendre l’entière responsabilité.

VIRGINIE MARTIN
KEDGE, SPIRALES INSTITUT

Source

L’antisémitisme appartient aux antisémites

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1 Comment

  1. danny dit :

    Ca s’appelle une menace déguisée non ?
    De plus on est dans une superposition de sophismes doublés d’extrapolations douteuses.
    Selon cette « gourdasse » et ses mentors le juif serait responsable de l’antisémitisme par ce qu’il ne rejette pas le sionisme, c’est bien ça au final ? Du moins le sionisme patriotique ! Donc selon ces raclures un juif devrait en quelque sorte être apatride, ignorer les écrits, ignorer le patrimoine archéologique attestant ces mêmes écrits, être internationaliste et donc coller à leur vision douteuse du « juif errant ». Là encore il faut établir une comparaison avec ce qu’avait affirmé les mêmes ordures concernant la possible déchéance de nationalité de rima hamaSS : impossible car elle serait alors « apatride ». Quelle hypocrisie et quelle géométrie variable dans les raisonnements en fonction de la couleur des intéressés et des objectifs à servir.
    Ces même racailles en col blanc qui ferment les yeux sur le terrorisme palestinien et islamiste quand ils ne l’instrumentalisent pas à leurs fins perverses. Ces mêmes racailles qui voudraient qu’Israël redevienne une COLONIE des « progressistes internationalistes », colonie qui réduirait comme peau de chagrin en fonction du desiderata de leurs donneurs d’ordres (ceux qui détiennent les dettes de l’UE, donc le Qatar).

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