Lettre ouverte aux juifs inconscients qui s’immolent devant une Europe qui les a vomis

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Par Thérèse Zrihen-Dvir

Thérèse Zrihen-Dvir est une écrivaine, romancière, poétesse et biographe israélienne d’origine marocaine née en 1945 à Marrakech. Polyglotte, elle écrit principalement en trois langues (français, anglais et hébreu). Son œuvre littéraire est profondément marquée par l’histoire, la culture et les traditions de la communauté juive du Maroc, ainsi que par les thèmes de la survie, de la foi et de l’exil. [1] (https://www.babelio.com/auteur/Therese-Zrihen-Dvir/299105), [2] (https://booknode.com/auteur/therese-zrihen-dvir/biographie), [3] (https://www.critiqueslibres.com/auteur/27911-therese-zrihen-dvir)

Le double standard et le piège de l’amnésie…
Je peux pardonner la haine de l’autre mais pas celle de mon frère… Caïn a tué Abel son frère…
Il est des aveuglements qui confinent au tragique. Aujourd’hui, alors que les accusations de « nettoyage ethnique » sont brandies avec une régularité métronomique contre l’État d’Israël par les chancelleries, les médias et les organisations internationales, nous assistons à un spectacle stupéfiant : des Juifs, ou ce qu’il reste de leur judaïsme, nourris au lait de l’universalisme occidental, s’effondrent dans la culpabilité, s’excusent d’exister et s’immolent moralement sur l’autel d’une opinion publique européenne qui, historiquement, les a toujours vomis.
L’analyse des conflits contemporains au Moyen-Orient souffre d’une amnésie sélective. À ces consciences égarées qui cherchent désespérément l’approbation de leurs anciens bourreaux en hurlant avec les loups contre Jérusalem, il est temps de leur rappeler la vérité crue d’une histoire qu’ils feignent d’oublier.
La légitimité de l’existence d’un État souverain pour le peuple juif est intrinsèquement liée à l’incapacité chronique de l’Occident de protéger ses propres citoyens. Pour quiconque qui poursuit inlassablement la justice, il est indispensable de lier trois réalités indissociables : la complicité historique de l’Europe, le découpage arbitraire de la Palestine mandataire et le nettoyage ethnique oublié des populations juives à travers le monde.

L’Europe et le gène de l’exclusion : Le miroir d’Émile Zola
Vous pensez obtenir votre brevet de respectabilité en vous couchant devant la bien-pensance continentale ? Souvenez-vous d’Émile Zola. En 1898, cet immense écrivain français publiait son célèbre « J’accuse… ! » pour dénoncer le complot antisémite d’État derrière l’Affaire Dreyfus. La sentence de la France « éclairée » fut immédiate : Zola fut traîné devant les tribunaux, condamné pour diffamation et contraint à l’exil en Angleterre pour échapper à la prison. Si l’Europe a brisé et banni l’un de ses plus grands esprits simplement parce qu’il défendait un officier juif innocent, de quelle indulgence espérez-vous bénéficier aujourd’hui ?
Cette haine structurelle a logiquement culminé au milieu du XXe siècle avec la Shoah, l’extermination industrielle de six millions de Juifs. Ce crime sans précédent n’aurait jamais atteint une telle efficacité sans la complicité active et zélée des régimes locaux — de Vichy en France aux administrations de Hongrie ou de Roumanie — qui ont devancé les ordres pour spolier et déporter leurs propres concitoyens. L’Europe moderne feint le repentir à travers des commémorations larmoyantes et des programmes de restitution bien tardifs, mais sa grille de lecture n’a pas changé : le Juif n’est tolérable que lorsqu’il est une victime impuissante. Sa souveraineté, elle, lui est insupportable.
I. Le cynisme britannique : quand le « Foyer national » fermait ses portes
Pour ceux qui croient encore à la bienveillance des empires occidentaux, rappelons le dépeçage méthodique de la Palestine mandataire. Dans sa quête d’un refuge souverain, le peuple juif s’est heurté au cynisme géopolitique de la Grande-Bretagne. En 1922, le Royaume-Uni décide unilatéralement de détacher près de 77 % du territoire initial du Mandat pour créer l’Émirat de Transjordanie (l’actuelle Jordanie), y interdisant formellement tout établissement juif. Le « foyer national juif » conditionné, a ainsi été restreint à la seule portion située à l’ouest du Jourdain.
Puis, au moment le plus sombre de notre histoire, alors que les fumées des crématoires commençaient à s’élever, Londres publie le « Livre Blanc » de 1939. Ce texte infâme restreint l’immigration juive à un quota dérisoire de 75 000 personnes sur ces cinq ans pour apaiser les insurrections arabes. En bloquant activement les rescapés de la Shoah, en refoulant des navires de réfugiés vers l’enfer ou en les internant dans des camps à Chypre et à l’île Maurice, la politique britannique a directement condamné des milliers de vies. L’Europe ne vous a pas ouvert les bras ; elle a verrouillé les portes du seul refuge possible.
II. 1948 : Le véritable nettoyage ethnique que le monde a choisi d’oublier
Pendant que vous vous lamentez exclusivement sur la Nakba palestinienne, devenant complices par omission du récit hémiplégique de vos adversaires, vous passez sous silence le nettoyage ethnique immédiat, total et violent subi par les Juifs dans les territoires conquis par la coalition arabe en 1948.
Lors de la guerre d’indépendance, la Légion arabe jordanienne a expulsé jusqu’au dernier habitant juif de la Vieille Ville de Jérusalem et des implantations historiques de Judée et Samarie, comme le bloc d’Etzion, Atarot ou Neve Yaakov. L’épuration fut totale : 58 synagogues ont été dynamitées ou profanées dans le quartier juif, et 38 000 tombes du cimetière millénaire du mont des Oliviers ont été arrachées par l’armée jordanienne pour servir de dalles de latrines militaires et de pavés pour les routes. Durant 19 ans d’occupation jordanienne (1948-1967), aucun Juif n’eut le droit d’approcher le Mur des Lamentations, en violation directe des accords d’armistice.
Où était l’indignation internationale ? Où se sont-elles volatilisées ces âmes nobles qui militent en faveur des arabes de Palestine ?
Parallèlement, entre 1948 et les années 1970, un exode massif et forcé a vidé le monde arabe et l’Iran de leurs communautés juives. Environ 850 000 Juifs ont été chassés ou contraints à la fuite de pays comme l’Irak (lors du pogrom du Farhoud), l’Égypte, le Yémen ou le Maroc. Leurs citoyennetés ont été révoquées et leurs biens immobiliers, commerces et avoirs financiers — estimés aujourd’hui à plus de 350 milliards de dollars — ont été intégralement spoliés par les États arabes. Les terres abandonnées par ces Juifs d’Orient représentent quatre fois la superficie actuelle d’Israël. Qui réclame leur droit au retour ? Qui demande réparation ?
III. L’hypocrisie des intellectuels et le piège sémantique
Si ce nettoyage ethnique massif a été effacé des manuels et traité comme une simple note de bas de page historique, c’est avec la complicité des intellectuels occidentaux. À l’époque de cet exode oriental, l’intelligentsia européenne, fascinée par l’existentialisme et le logiciel anticolonialiste marxiste, a choisi un silence assourdissant. Reconnaître le statut de victimes des Juifs d’Orient aurait obligé ces penseurs à légitimer l’existence et la nécessité absolue d’Israël. Ils ont préféré regarder ailleurs.
Aujourd’hui, le piège s’est refermé.
À l’époque, le cadre du droit international moderne (tel que le Statut de Rome) n’existait pas pour documenter ces exactions. En outre, contrairement aux précieux réfugiés palestiniens, artificiellement maintenus par les pays arabes et l’UNRWA dans un statut de précarité perpétuelle et héréditaire pour servir d’arme politique, les rescapés juifs d’Europe et d’Orient ont été immédiatement intégrés, soignés et naturalisés par Israël.
Parce qu’Israël a fait le choix de la vie, de la souveraineté et de la reconstruction plutôt que de la victimisation éternelle, le monde a décrété que les Juifs n’avaient jamais souffert de déplacement forcé.
Conclusion : Cessez de quémander la pitié de vos bourreaux
Ces Juifs auxquels vous vous joignez aux cortèges de ceux qui réclament la dissolution de votre propre peuple, comprenez que votre soumission ne vous épargnera pas. L’application d’une rigueur juridique chirurgicale et d’une grille de lecture ultra-rigide à l’encontre d’Israël, combinée à une amnésie totale face aux crimes commis contre les juifs, n’est pas une critique politique légitime : c’est la perpétuation du vieux gène antisémite européen sous de nouveaux oripeaux moraux.
Poursuivre la justice exige de refuser les récits tronqués. Cessez de vous immoler devant une Europe qui vous a vomis hier et qui vous juge aujourd’hui au nom d’une morale qu’elle-même n’a jamais appliquée.
Tant que la mémoire internationale refusera de comptabiliser les crimes commis contre le peuple juif sur sa propre terre ancestrale et dans le reste du monde, la morale internationale restera profondément biaisée.
La survie des Juifs ne dépend pas de l’absolution de l’Occident, mais de leur fidélité indéfectible à la vérité historique et à leur droit inaliénable de vivre enfin debout.
Thérèse Zrihen-Dvir

source rESISTANCE rEPUBLICAINE

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