Abus de droit ? Le CSA de plus en plus contestable

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Le 23 octobre dernier, sur CNEWS, Eric Zemmour avait affirmé qu’il aurait été du côté du général Bugeau pendant la guerre d’Algérie. Le CSA a depuis mis en demeure la chaîne télévisé.
Avec Gaël Nofri

Atlantico ; Les faits qui sont reprochés à Zemmour vous semblent-ils condamnables au titre de la légitimation des violences contre des personnes musulmanes dans le passé, comme l’a soutenu le CSA ?
Gael Nofri : Je pense que ce qui a poussé le CSA à réagir aux propos d’Éric Zemmour c’est lorsque celui-ci fait un parallèle entre « être français » et le fait de se sentir du côté du Général Bugeaud quand « il massacre les musulmans et même certains juifs ». Il est évident que faire un lien entre l’appartenance à la communauté nationale et le massacre de population en raison de leur religion, outre que l’affirmation est fausse, est une faute. Il n’en aurait pas été de même s’il avait affirmé que la présence française en Algérie avait été positive et ce malgré les opérations de guerre et de pacification qu’elle avait entraînées. Je crois que le problème est de présenter à cet instant des opérations militaires comme une part et presque une dynamique de l’identité française. Or c’est évidement faux.
Sur le fond Eric Zemmour a tort, sur le plan historique d’abord, sur le plan de ce qui fait notre identité ensuite.
S’il est incontestable que de tels massacres ont bien eu lieu, je crois que les présenter comme le massacre « des musulmans » et « de certains juifs » est une erreur de lecture à posteriori. Le but de Bugeaud est moins de massacrer des musulmans que de détruire toute résistance à la présence française en Algérie, le fait que cette résistance soit musulmane n’est que secondaire.
Au demeurant être fier de son Histoire et de ce que l’on est n’empêche pas la compréhension de nos erreurs passées, de choix que l’on ne ferait plus aujourd’hui…
N’y a-t-il pas une sur-interprétation des propos d’Eric Zemmour sur ce cas ?
Ce qui est certain c’est qu’Eric Zemmour est revenu par la suite sur cette déclaration et n’a pas donné le sentiment d’adopter le même point de vue, en tout cas il l’a tempéré.
Je crois aussi que le concept même de ces émissions est une dynamique ayant pour objectif de faire « le buz » autour de propos excessifs destinés à être sur interprétés dans le cadre d’une confrontation « grand spectacle ». Je ne suis pas certain que le débat y gagne en qualité et en tempérance. De toute part on privilégie la posture à l’argument… Le problème c’est que de posture en posture on risque de devenir la caricature de soi et quelque part de se perdre.
Le CSA montre-t-il de la partialité lorsque la colonisation est évoquée dans les médias ?
Incontestablement oui. Mais c’est vrai pour le CSA comme pour le monde médiatique et politique en général. Comment accepter qu’alors même que l’on condamne Éric Zemmour pour ses propos, un silence assourdissant entoure les déclarations du nouveau leader d’Europe Écologie les Verts sur sa mère « porteuse de valise pour le FLN ». A-t-on oublié ce que cet acronyme signifie pour certains de nos compatriotes ? Les morts, les attentats, les drames humains et familiaux qui se cachent derrière ces trois lettres ? Ce n’est là qu’un exemple ; mais oui, incontestablement, il y a un problème de lecture de cette période dans le monde médiatique et politique français.
J’ajoute que la phrase même de Zemmour me dérange aussi pour cette raison. Je le disais précédemment, l’armée française n’est pas allée en Algérie tuer des musulmans, elle est allée conquérir puis pacifier par la force un territoire qu’elle a mis en culture, développé, valorisé…
On peut juger, avec nos yeux modernes cela comme l’on veut, mais il ne faut pas se tromper quant à l’objectif poursuivi et confondre le chemin et le but… la France en Algérie ce n’était pas une préfiguration du choc des civilisations, au contraire !
Enfin, et pour conclure de façon plus générale, ce qui me choque dans cette décision autour des propos d’Éric Zemmour c’est le manque d’équité de traitement dans ce qu’est aujourd’hui la liberté d’expression. Ce sentiment que certains ont droit à un surplus de liberté, d’autres au contraire, comme Eric Zemmour, ont une présomption de culpabilité. Nous l’avons remarqué sur la question du traitement de la période coloniale mais cela va bien au-delà. Il est plus facile aujourd’hui sur un plateau de télévision, d’appeler à l’insurrection contre le Gouvernement, comme se fut le cas au moment de la crise des Gilets Jaunes pour certains leaders, ou de théoriser des positions indigénistes refusant l’intégration et appelant certaines minorités à une « revanche » contre l’homme blanc que de tenir des propos dans la veine de ceux d’Eric Zemmour.
Est-ce pour autant moins grave ? J’en doute profondément, et le sentiment d’injustice, de deux poids deux mesures, de mise à l’écart qui en résulte légitimement ne peut que fracturer un peu plus notre société
Source :
https://www.atlantico.fr/decryptage/3584060/abus-de-droit–le-csa-de-plus-en-plus-contestable-gael-nofri

happywheels

3 Commentaires

  1. capucine

    4 décembre 2019 at 16 h 51 min

    il n’y a plus de liberté de paroles tout est censuré en France !! le CSA fait la police des émissions télé !!

  2. duchene

    4 décembre 2019 at 17 h 29 min

    Seulement qq uns ont ce droit la. Ils ne sont la majorités des francais.
    Dommage………….

  3. Franccomtois

    5 décembre 2019 at 8 h 06 min

    J´ai vraiment apprécié l´article,Gael Nofri est une personne interressante et juste.Pour Eric Zemmour je me répete mais il m´est completement indifférent,aucun intêret.

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